Les pionniers africains qui ont ouvert la voie à Weah, Salah, Mahrez

Mohamed Salah, Sadio Mane, Riyad Mahrez et Pierre-Emerick Aubameyang font partie des dernières stars africaines exerçant leur métier dans certains des clubs les plus prestigieux d’Europe.

Ils suivent les traces d’autres grands qui ont joué au plus haut niveau en Europe, notamment George Weah qui a été nommé meilleur footballeur de l’année au niveau mondial en 1995.

Le président libérien reste le seul joueur africain à avoir remporté le prestigieux prix du football mondial, bien qu’Eusebio, né au Mozambique, a remporté le Ballon d’Or en 1965, mais il jouait pour le Portugal.

Pendant des décennies, le continent africain a été une mine d’or pour les recruteurs étrangers qui cherchent à trouver le talent brut qui peut devenir le prochain Weah ou Abedi Pele ou Emmanuel Adebayor.

Malheureusement, pour chaque réussite, il existe également d’innombrables exemples de ceux qui ne parviennent pas à se hisser au sommet, bien souvent à cause de recruteurs sans scrupules.

Malgré tous les problèmes et préjugés auxquels sont confrontés les joueurs africains, des footballeurs du continent révèlent leurs talents en Europe depuis plus de 120 ans.

Ahmed Rouaba de la BBC a sélectionné quelques-uns des pionniers des joueurs africains en Europe.

Fils du Nil en Angleterre

L'Égyptien Hussein Hegazi (troisième en partant de la droite dans la rangée arrière) a été l'un des premiers Africains à jouer en Angleterre
L’Égyptien Hussein Hegazi (troisième en partant de la droite dans la rangée arrière) a été l’un des premiers Africains à jouer en Angleterre

Alors que le talentueux Arthur Wharton, né dans ce qui est aujourd’hui la capitale ghanéenne Accra, jouait pour Preston North End en 1886, il quitta le club avant qu’une ligue organisée et reconnue ne commence en Angleterre.

Wharton, qui était également un athlète talentueux, est revenu plus tard jouer pour plusieurs autres équipes et il est largement reconnu comme le premier joueur noir professionnel de la ligue anglaise de football.

Le prochain Africain à avoir eu un impact dans la ligue anglaise était l’Egyptien Hussein Hegazi, qui a joué pour Fulham en 1911.

Hegazi, qui est né dans une riche famille de la région du Delta en Egypte en septembre 1891, a d’abord déménagé en Angleterre en 1910 afin de pouvoir étudier l’ingénierie à l’Université de Cambridge.

Il a d’abord attiré l’attention des équipes d’élite alors qu’il jouait hors championnat pour le Dulwich Hamlet FC, basé à Londres.

L’attaquant égyptien a fait sensation pour les supporters qui admiraient son agilité et sa vitesse, tandis que la presse locale ne tarissait pas d’éloges sur l’attaquant agile qui a réussi à briser les défenses de l’équipe adverse avec une « facilité magique ».

Il a également joué pour l’Égypte aux Jeux olympiques de 1920, après être rentré chez lui en 1914, où il a poursuivi sa carrière dans plusieurs clubs locaux, dont le géant du Caire Al Ahly.

Hegazi à ce jour est considéré comme le «père du football égyptien» et a une rue qui porte son nom au Caire.

Les vainqueurs algériens de la France

Les Algériens Ali Benouna et Abdelkader Ben Bouali ont aidé le FC Sete à remporter le tout premier doublé en Ligue et Coupe de France en 1934
Les Algériens Ali Benouna et Abdelkader Ben Bouali ont aidé le FC Sete à remporter le tout premier doublé en Ligue et Coupe de France en 1934

Alors que Hegazi ouvrait la voie aux Africains pour jouer pour des clubs européens, les liens étroits entre la France et l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont également contribué à révéler les talents disponibles en Afrique, en particulier dans le nord.

Cela a été mis en évidence en 1924 et à nouveau un an plus tard, lorsqu’une équipe de Nord-Africains a traversé la Méditerranée pour battre à deux reprises celle du Onze Français.

Les joueurs originaires des colonies françaises en Afrique ont certainement fait sensation non seulement par leurs capacités techniques mais aussi par leur détermination. Alors les équipes de France ont commencé à chercher de nouveaux talents de l’autre côté de la Méditerranée.

En 1930, Ali Benouna a franchi une nouvelle étape pour les footballeurs du continent en devenant le premier nord-africain à rejoindre une équipe de football en France lorsqu’il a rejoint le FC Sète et il a été suivi par son compatriote Abdelkader Ben Bouali.

Benouna, né dans la province de Chlef dans l’ouest de l’Algérie, était un excellent ailier connu pour ses talents de dribble et faisait partie de l’équipe de Sète qui a participé à la toute première ligue professionnelle de France en 1932.

Il a aidé Sète à être la première équipe à remporter le doublé de championnat et de coupe en 1934 avant de déménager à Rennes où il a continué à briller.

Ses performances exceptionnelles au niveau des clubs lui ont valu d’être appelé à jouer pour l’équipe nationale française, l’Algérie étant une colonie française à l’époque, devenant ainsi le premier nord-africain à représenter la France.

Le premier match de Benouna pour la France s’est soldé par une défaite 3-0 contre la Tchécoslovaquie d’alors le 9 février 1936, mais un mois plus tard, il les a aidés à battre la Belgique en amical. Il revient en Algérie après sa carrière de joueur et décède à Alger en 1980.

Au cours des années suivantes, la présence de footballeurs africains dans la ligue française est devenue un spectacle beaucoup plus courant et juste avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait environ 40 joueurs dans différents clubs.

L’Original Black Pearl

Le Marocain Larbi Benbarek (à gauche) en action
Le Marocain Larbi Benbarek (à gauche) en action

L’un de ceux qui avaient déménagé en France avant la guerre allait devenir un phénomène, Larbi Benbarek.

Benbarek, né à Casablanca, a été repéré par des recruteurs français en 1937 alors qu’il participait à un match entre le Maroc et la France B.

Des recruteurs à Marseille l’ont embauché l’année suivante pour jouer en équipe aux côtés des Algériens Riahi Rabih et Addelkader Ben Bouali, déjà titulaires de l’équipe première .

La presse l’a immédiatement surnommé le «Black Pearl» en raison de la couleur de sa peau et de son énorme talent qui brillait sur le terrain. Sa technique extraordinaire et ses capacités de finition ont ébloui les foules.

Il fut bientôt appelé pour jouer pour l’équipe nationale de France, qui avec Benbarek en tant que meneur de jeu a été rajeunie.

Après la Seconde Guerre mondiale, Benbarek a repris sa carrière en Europe en rejoignant l’équipe espagnole de l’Atletico Madrid avant de revenir à Marseille.

Après sa longue et fructueuse carrière en Europe, Benbarek est rentré chez lui au Maroc où il est mort seul et dans une extrême pauvreté en septembre 1992, son corps a été découvert seulement trois jours après sa mort.

Larbi Benbarek
Larbi Benbarek

Bien qu’il ait représenté la France pendant 16 ans de 1938 à 1954, il n’a jamais obtenu la nationalité française.

Ce fut une fin terrible pour un homme que beaucoup considéraient comme le meilleur footballeur de son époque. Même le grand brésilien Pelé, qui a repris le surnom de «Black Pearl», a dit un jour: «Si je suis le roi du football, alors Larbi Benbarek est le Dieu».

Six ans après sa mort, il a reçu le Fifa Order of Merit Award, la plus haute distinction décernée par l’instance dirigeante mondiale du football.

L’heure de l’Afrique subsaharienne

Raoul Diagne
Raoul Diagne

Alors que Benbarek prenait ses marques, les joueurs d’Afrique subsaharienne ont commencé à se faire remarquer et la France a de nouveau ouvert la voie en recrutant les talents du continent.

Le défenseur Raoul Diagne, né en Guyane en Amérique du Sud d’un père sénégalais et d’une mère parisienne, a ouvert la voie.

Son père Blaise était un homme politique sénégalo-français et ancien maire de Dakar, qui fut le premier Noir Africain à occuper un poste dans le gouvernement français.

Diagne, qui était un défenseur, a fait ses débuts en France contre l’Italie en janvier 1931 et faisait partie de l’équipe qui a disputé la Coupe du monde de 1938 à domicile.

Il est retourné dans le pays de son père en 1963 pour devenir l’un des tout premiers entraîneurs de l’équipe nationale du Sénégal et a même mené l’équipe à une victoire 2-0 sur le Onze Français la même année.

Prendre position

En 1960 Mohamed Maouche (faisant une tête) était l'un des joueurs algériens à quitter son club français de Reims pour rejoindre l'équipe du FLN
En 1960 Mohamed Maouche (faisant une tête) était l’un des joueurs algériens à quitter son club français de Reims pour rejoindre l’équipe du FLN

Parmi tous les joueurs qui ont placé le football africain sur la carte mondiale, il y avait aussi le groupe d’Algériens qui, en 1958, a tourné le dos à leurs maîtres coloniaux français pour créer leur propre équipe nationale.

Les joueurs ont arrêté de jouer dans l’élite française et se sont installés en Tunisie pour former l’équipe du FLN mise en place par le Front de libération nationale, qui menait à l’époque la guerre d’indépendance contre l’administration coloniale française en Algérie.

Pendant quatre ans, l’équipe nationale interdite de l’Algérie a parcouru le monde en jouant des matchs amicaux en Europe, en Asie et en Afrique, malgré l’interdiction de l’instance dirigeante mondiale du football, la Fifa, et les protestations du gouvernement français.

Non seulement l’équipe du FLN a diverti les gens avec des matchs contre une grande variété de clubs mais il a surtout gagné un soutien dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

Qu’il s’agisse d’équipes ou de stars individuelles, l’Afrique continue de produire des talents qui peuvent ravir les fans du monde entier.