Mamady Doumbouya, le nouvel homme fort de Conakry

La Guinée s’est réveillée ce matin avec un nouvel homme fort : lieutenant-colonel Ma­mady Doumbouya. Le patron des Forces spéciales depuis 2018 a déposé sans effusion, Alpha Condé, réélu il y a quelques mois pour un troisième mandat controversé. Passé par l’Ecole d’application de l’infanterie de Thiès, le Président guinéen autoproclamé est un ancien légionnaire français, officier breveté de l’Ecole de guerre, possédant plus de quinze années d’expérience militaire, notamment lors de missions opérationnelles (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Djibouti, Répu­bli­que Centrafricaine) et de protection rapprochée (Israël, Chypre, Royaume-Uni, Gui­née).
Après cette parenthèse, il a pris du galon en Guinée en prenant le commandement de ce corps entraîné et équipé créé en 2018. Mis en place pour lutter contre les menaces terroristes, le groupe des Forces spéciales était devenu trop puissant. Et son commandant était trop imposant dans un pays où l’Armée est habituée à prendre le pouvoir. Il a été muté par le Président Condé vers la frontière sierra-léonaise après avoir voulu s’affranchir de la tutelle du ministère de la Défense. En apparence, ces mesures d’éloignement n’ont pas suffi à «désarmer» le lieutenant-colonel qui a pris le pouvoir hier à Conakry. Sous les applaudissements de certains citoyens débarrassés de Condé.
Sur les images publiées par les putschistes, on voit Alpha Condé, sonné, regard perdu. Presque déconnecté de la réalité. Sans un mot à l’égard des putschistes. Mamady Doum­bouya a décrit la «réalité» guinéenne dans un discours improvisé sans les apparats d’un chef d’Etat : il a dénoncé les tares du pouvoir caractérisées par une gabegie financière, la politisation à outrance de l’Administration publique, la pauvreté et la corruption endémique. «Nous allons engager une concertation nationale pour une transition inclusive et apaisée. Plus personne ne doit mourir pour rien. Il y a eu beaucoup de morts, beaucoup de blessés et beaucoup de larmes. Nous allons tous nous asseoir pour rédiger une constitution qui est adaptée à nos réalités, capable de régler nos problèmes parce que si vous voyez l’état de nos routes, vous voyez l’état de nos hôpitaux, vous vous rendrez compte qu’après 62 ans d’indépendance, il est temps qu’on se donne la main.» La junte promet de travailler désormais avec «le Peuple souverain de Guinée dans sa totalité. Nous avons décidé à partir de l’instant de dissoudre la Constitution» avec l’implication «des quatre régions naturelles, et la Dias­pora».
Aujourd’hui, le Président de la transition annonce un nouvel avenir. «La personnalisation de la vie politique est terminée. Nous allons mettre en place une transition transparente et inclusive. Nous allons mettre en place un système qui n’existe pas. Ce système, il faut qu’on soit tous ensemble. Nous allons dissoudre les institutions. La fermeture des frontières terrestres pendant une semaine, et nous allons voir comment faire pour la frontière aérienne. Avec tous nos camarades, nous allons trouver la solution pour sortir de cette gabegie.» Lieutenant-colonel Mamady Doumbouya enchaîne : «Nous appelons nos frères d’armes, des unités de toute la République à se mettre au côté du Peuple cette fois-ci pour aider le Peuple de Guinée. Nous invitons chacun en ce qui le concerne pour continuer les activités régaliennes en protégeant la population et en assurant sa sécurité.» Le point final de son discours est une citation de Jerry Rawlings, un putschiste adulé dans son pays jusqu’à son décès : «Il disait que le Peuple est écrasé par ses élites, il revient à l’Armée de rendre au Peuple sa liberté.» Une nouvelle vie va-t-elle commencé en Guinée après la gouvernance ubuesque de Moussa Daddis Camara et la gestion controversée de Condé ?

Le Quotidien