RDC: une dizaine de personnes tuées par un militaire dans la région d’Uvira

En République démocratique du Congo, une dizaine de personnes ont été tuées jeudi soir par un soldat en fuite qui avait tenté de racketter deux civils dans la cité de Sange, à plus de 30 kilomètres de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Ce vendredi matin, la tension demeurait vive.

Selon plusieurs témoins, vers 20 heures, heure locale, le soldat est en train de regagner la caserne lorsqu’il croise deux civils sur son chemin. Il menace l’un et tente de lui ravir son téléphone, une pratique très courante à Sange, selon la société civile, mais la population est vigilante. Une des victimes lance alors un cri de détresse, et plusieurs personnes accourent, raconte notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa.

L’homme en uniforme tire d’abord en l’air, puis sur les présents, pour se sortir d’affaire. Plusieurs personnes atteintes meurent sur place, d’autres sont ensuite ciblées, car elles se trouvent sur le trajet de fuite du soldat, visiblement ivre selon des témoins. Certains blessés décèderont dans la nuit, selon la société civile.

Colère des habitants

D’après le chef de la cité de Sange, qui donne un bilan provisoire de 13 morts et huit blessés, le tireur était « impossible à maîtriser ». Et selon les dernières informations, il n’a pas encore été capturé, ce qui a provoqué la colère des habitants. Ces derniers ont exposé ce vendredi matin les corps des victimes sur la chaussée. Des jeunes en colère ont monté des barricades sur la principale route de Sange, en y brûlant des pneus.

Ces habitants exigent le déploiement de nouvelles troupes dans la région, mais aussi l’arrivée sur place de l’autorité provinciale avant toute inhumation des victimes. La société civile demande le départ du 2e bataillon de la 12e brigade de réaction rapide auquel appartient le tireur. Ce bataillon est déployé depuis l’an dernier dans la région pour mettre fin aux multiples braquages des véhicules et attaques des villages par des bandits armés, indique notre correspondant à Bukavu, William Basimike. Mais pour la société civile, ces soldats ne protègent pas les citoyens.

« C’est anormal qu’un militaire tire sur la population qu’il est censé protéger, s’indigne André Byadunia, le coordonnateur provincial de la nouvelle société civile congolaise. Ce n’est pas le premier forfait, c’est le 2e, le 3e ou le 4e et on en a marre ! Ce n’est même pas à Sange seulement, même dans Uvira-ville c’est toujours comme ça. Ici à Uvira on les appelle les « Androids ». Quand ils vous retrouvent la nuit ils vous demandent les téléphones Android. Il suffit de résister, et ils vous tirent dessus. On a besoin d’autres militaires loyalistes qui savent ce qu’ils doivent faire. »

Appel à l’apaisement

Tout en présentant les condoléances de l’armée aux familles des victimes, le porte-parole de l’opération Sukola 2 au sud du Sud-Kivu, le capitaine Dieudonné Kasereka, appelle à l’apaisement :

« C’est un acte ignoble que nous condamnons avec la dernière énergie, mais dire que c’est le bataillon ou la brigade qui doit déguerpir parce qu’un militaire a commis une infraction c’est trop dire. C’est un bataillon qui est toujours bien coté, qui a toujours sécurisé la population contre les groupes armés locaux et étrangers, Il y a les autorités qui peuvent décider de la permutation du bataillon ou pas. »

Le gouverneur du Sud-Kivu Théo Ngwabidje est arrivé sur place, il a promis que cette demande sera examinée. L’armée congolaise a promis que le militaire en cavale répondra devant la justice à Sange. Avant même le gouverneur, le président congolais Félix Tshisekedi dit avoir appris avec « consternation, le crime odieux perpétré » à Sange. Le chef de l’État dit condamner « avec fermeté cet acte ignoble ».

RFI