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Guinée-Bissau: incertitude après la nomination d’un nouveau Premier ministre

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Jose Mario Vaz, président de la Guinée-Bissau.
© AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Faustino Fudut Imbali a été nommé Premier ministre par décret présidentiel. Il a été investi ce mardi. Sa désignation intervient en plein bras de fer entre le président Vaz et le Premier ministre Aristides Gomes.

Lundi soir, le président José Mario Vaz a annoncé le limogeage du gouvernement. Il estime qu’il y a « une grave crise politique qui empêche le fonctionnement normal des institutions de la République ».

Le décret lu dans les radios locales est très court. Il stipule que le gouvernement est démis et cela prend effet de manière « immédiate ». Le président a pris cette décision après s’être concerté avec le Conseil d’État. Mardi matin, le Premier ministre Aristides Gomes  a estimé que le décret annulant son gouvernement est « nul et non avenu ». Dans la foulée, le président José Mario Vaz a nommé Faustino Fudut Imbali comme nouveau Premier ministre.

Le calendrier électoral est maintenu tel quel. Samedi, ça sera le début de la campagne électorale.

Aristides Gomes, Premier ministre bissau-guinéen
29-10-2019 – Par Bineta Diagne
Ce nouveau décret alimente davantage le climat de tension autour du processus électoral.

En effet ces dernières semaines, plusieurs partis d’opposition, notamment le Madem et le PRS, demandent une refonte du fichier électoral pour éviter d’éventuelles fraudes. Une requête que rejette depuis le début le Premier ministre Aristides Gomes tout comme la Cédéao, qui tient au respect du calendrier électoral pour éviter une nouvelle crise.

Pour la Cédéao, le décret du président José Mario Vaz est « illégal ». Elle Cédéao part du principe que le mandat du président a expiré le 23 juin dernier et  dénonce des « obstacles artificiels destinés à entraver le processus électoral ». L’organisation régionale redoute que le pays sombre dans un vide institutionnel.

Kiridi Bangoura, ministre guinéen et envoyé spécial du médiateur Alpha Condé
29-10-2019 – Par Bineta Diagne

Le président et le Premier ministre ne se parlent plus

Pour rappel, la Cédéao avait en juin dernier, accepté la reconduction du président Jose Mario Vaz pour quelques mois de plus à la présidence -son mandat ayant expiré le 23 juin2019-, mais avec des pouvoirs très limités.

L’organisation sous régionale avait confié la gestion des affaires courantes au Premier ministre Aristides Gomes. Ce dernier s’en tient à cette ligne : « Il est président parce qu’on n’a pas voulu créer davantage de complications par rapport à la crise politique, la conférence des chefs d’État qui lui a permis de rester au palais. Ça a été clair aussi, il reste à la présidence, mais il ne doit pas se mêler des affaires du gouvernement ».

Un système complexe de partage du pouvoir

Ce décret constitue un élément de plus dans cette crise qui oppose le président à son Premier ministre et ce bras de fer correspond à une lutte pour le contrôle des institutions de l’État. Concrètement, depuis plusieurs mois, les deux hommes ne se parlent plus, ne participent plus aux réunions du gouvernement. La crise s’est exacerbée après les résultats des législatives de mars dernier, remportées par le PAIGC, le parti historique.

Pour Vincent Foucher, chargé de recherche au CNRS, ces élections marquent le terme d’un cycle dans lequel a émergé un système complexe de partage du pouvoir. « Depuis le coup d’État de 2012, on vit dans un système un peu mixte où tous les acteurs politiques ont un peu accès au pouvoir, des morceaux de l’État. Là, on pourrait avoir, au terme de ces élections, une consolidation autour du PAIGC, qui est le parti historique dominant de la Guinée-Bissau. Donc cela suscite la nervosité de tous les acteurs qui essayent par différents chemins de contester, de ralentir, le processus électoral et politique ».

« José Mario Vaz tente un dernier coup », regrette un observateur de cette crise. « Il créé une situation de chaos car il n’est pas certain de remporter le scrutin auquel il est candidat », poursuit cette source. En maintenant cette posture, le président sortant risque à nouveau des sanctions de la Cédéao, notamment le gel de ses avoirs et l’interdiction de voyager.

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