Henri Konan Bédié, le « Sphinx » qui veut renaître de ses cendres

Surnommé le « Sphinx de Daoukro », son fief, l’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, chassé du pouvoir par un putsch en 1999, veut comme le phénix renaître de ses cendres pour redevenir président, malgré son âge avancé, 85 ans.

« HKB » est notamment l’homme de « l’ivoirité », concept nationaliste voire xénophobe qu’il avait manié pour écarter de la course au pouvoir en 1995 un certain Alassane Ouattara, l’actuel président de la Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui, l’octogénaire Bédié promet une « victoire (à la présidentielle) qui permettra aux jeunes de Côte d’Ivoire d’accéder aux responsabilités pleines et entières dans la gestion des affaires publiques ».

« Je reçois cette demande de candidature comme une mission de salut public », affirmé M. Bédié en se déclarant candidat à la candidature, 20 ans après avoir été renversé, 10 ans après sa candidature malheureuse de 2010.

Né le 5 mai 1934 dans le village de Dadiékro (centre) au sein d’une famille de planteurs de cacao, « HKB » se veut l’héritier et le successeur du « père de l’indépendance », Félix Houphouët-Boigny, d’ethnie baoulé comme lui.

Ambassadeur à 26 ans, ministre de l’Economie à 32 ans, M. Bédié, dont la carrière avait connu un coup d’arrêt à cause d’accusations de corruption, avait déjà su surmonter ces problèmes pour s’imposer comme le dauphin naturel d’Houphouët-Boigny et contrôler sans partage le parti fondé par son aîné le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Elu président en 1995 sans grand adversaire, HKB a surfé sur le nationalisme mais sa présidence, minée par la corruption, s’effondre en quelques heures à Noël 1999 face à une mutinerie de soldats qui se transforme en putsch militaire, le premier de l’histoire du pays.

« C’est à l’image de sa présidence, une période d’endormissement. HKB a négligé les signaux avant-coureurs mais aujourd’hui, il veut sa revanche sur ce putsch qu’il a mal géré. Il veut aussi sa revanche sur Ouattara, qu’il a soutenu (en 2010) mais qui n’a pas selon lui respecté son engagement de redonner le pouvoir au PDCI en 2020. Il ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a perdu le pouvoir du PDCI d’Houphouët », estime un observateur.

– bons vins et cigares –

Amateurs de cigares et de bons vins, HKB, que beaucoup décrivent comme « très près de ses sous », s’était allié avec son ancien ennemi Alassane Dramane Ouattara (dit ADO) en 2005 pour créer le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), alliance électorale entre le parti de Ouattara et le PDCI.

Troisième de la présidentielle de 2010 derrière Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, Bédié tient son engagement et soutient activement ce dernier pendant toute la crise post-électorale (2010-2011) qui a fait près de 3000 morts en quelques mois.

Après une lune de miel (Ouattara a même fait baptiser le troisième pont d’Abidjan du nom de Bédié) avec le chef de l’Etat, qu’il soutient encore à la présidentielle de 2015, HKB s’est à nouveau brouillé avec ADO en 2018, justement à cause de la présidentielle d’octobre prochain.

Le Sphinx assure que Ouattara s’était engagé à soutenir un candidat PDCI à la présidentielle de 2020, en échange du soutien du PDCI en 2015.

« Les promesses ne concernent que ceux qui y croient. ADO l’a roulé dans la farine », souligne un député PDCI, sous couvert de l’anonymat, qui aurait voulu que « Papy laisse la place ».

Parlant de « génie politique, » les militants du PDCI qui ont réclamé sa candidature samedi voient eux « un leader mu par l’amour de son pays et par celui de ses concitoyens (…) un rassembleur capable de réconcilier nos compatriotes (…) un homme d’expérience attaché aux valeurs de dialogue, d’unité et de paix (…) un leader garant de la Démocratie et de l’Etat de droit, seuls gages d’un développement durable ».

Si l’investiture de son parti parait une formalité, M. Bédié devra, lors de la présidentielle, convaincre les électeurs qu’à 85 ans, il n’est pas trop vieux, comme le soulignent déjà ses adversaires politiques.

Afp