De nombreux patients jeunes atteints d’un cancer de l’estomac ont une maladie distincte, alerte une étude

Des chercheurs ont constaté que de plus en plus de cas de cancer de l’estomac dépistés ces dernières années concernent des personnes de moins de 60 ans. Qui plus est, ces derniers sont plus susceptibles de présenter une nouvelle forme de la maladie, plus aggressive.

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Le cancer de l’estomac – ou cancer gastrique – se développe lentement et est rarement diagnostiqué avant l’âge de 50 ans. Il en existe plusieurs types, qui se distinguent les uns des autres en fonction de la nature des cellules qui sont à leur origine. Selon la Fondation Arc pour la Recherche sur le Cancer, dans neuf cas sur dix, les tumeurs gastriques se développent à partir de cellules de la muqueuse : l’adénocarcinome. En France, environ 6 500 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, avec près de 4 500 décès par an. Il est généralement diagnostiqué chez les plus de 50 ans et touche plus fréquemment la population masculine, avec deux fois plus de cas chez les hommes que chez les femmes.

Dans une récente étude publiée dans la revue Surgery, des chercheurs de la Mayo Clinic (Etats-Unis) disent s’inquiéter d’une nouvelle tendance concernant cette maladie, à savoir que de nombreuses personnes de moins de 60 ans qui développent un cancer de l’estomac sont susceptible de présenter une maladie « cliniquement distincte ». Les médecins entendent par là que, en comparaison des cas de cancer de l’estomac généralement diagnostiqués chez les personnes âgées, cette nouvelle forme de maladie se développe et se propage souvent plus rapidement, présente un plus mauvais pronostic, et se montre plus résistante aux traitements de chimiothérapie traditionnels.

Plus de 30% des cas surviennent chez les moins de 60 ans

Alors que les taux de cancer de l’estomac chez les patients âgés diminuent depuis des décennies, ce type de cancer précoce augmente au point de représenter désormais plus de 30% des cas de cancer de l’estomac. « Je pense que c’est une tendance alarmante, car le cancer de l’estomac est une maladie dévastatrice. » explique l’auteur principal de l’étude le Pr Travis Grotz. « Il y a peu de conscience des signes du cancer de l’estomac, et de nombreux patients plus jeunes peuvent être diagnostiqués tard, quand le traitement est moins efficace. » L’équipe de recherche a étudié 75 225 cas à l’aide de plusieurs bases de données sur le cancer pour examiner les statistiques sur le cancer de l’estomac de 1973 à 2015.

Aujourd’hui, l’âge moyen d’une personne diagnostiquée d’un cancer de l’estomac est de 68 ans, mais les personnes dans la trentaine, la quarantaine et la cinquantaine sont plus à risque qu’auparavant. Les chercheurs ont constaté que la proportion de cas de cancer gastrique précoce a doublé, passant de 18% pour tous les cas en 1995 à plus de 30% pour tous les cas de cancer gastrique. « En règle générale, nous voyons un cancer de l’estomac diagnostiqué chez des patients dans la soixantaine, mais nous voyons de plus en plus de patients de 30 à 50 ans diagnostiqués. », ajoute le Dr Grotz. Or, les chercheurs estiment que ce phénomène ne peut pas s’expliquer par un dépistage précoce de la maladie.

Certains symptômes doivent alerter

« Il n’existe pas de dépistage universel du cancer de l’estomac et les patients plus jeunes présentaient en fait une maladie à un stade plus avancé que les patients plus âgés. », précisent-ils. En plus d’être plus mortel, le cancer de l’estomac à début précoce serait selon eux génétiquement et moléculairement distinct. De plus, les facteurs de risque connus de développer un cancer de l’estomac chez les patients plus âgés, comme le tabagisme, ne semblaient pas être en corrélation avec son homologue précoce. « Espérons que des études permettront d’augmenter la suspicion des médecins à l’égard du cancer de l’estomac, en particulier chez les patients plus jeunes. », conclut le Pr Grotz.

L’étude indique que certains symptômes doivent alerter ces patients plus jeunes qui devraient alors consulter un médecin : le fait de se sentir souvent trop « plein » avant de terminer un repas, ou de souffrir de reflux, de douleurs abdominales, d’une perte de poids involontaire et de difficultés à manger. De manière générale, le cancer de l’estomac est associé à plusieurs facteurs de risque, notamment, une gastrite chronique principalement liée à une infection par la bactérie Helicobacter pylori, le tabagisme, une alimentation pauvre en légumes et fruits frais, des antécédents de cancer de l’estomac dans la famille ou encore une prédisposition génétique augmentant le risque de développer la maladie.