L’ex-recruteur jihadiste Mourad Farès condamné à 22 ans de réclusion criminelle

Un dessin de presse montre Mourad Farès au premier jour de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 20 janvier 2020.
Un dessin de presse montre Mourad Farès au premier jour de son procès devant la cour d’assises spéciale de Paris, le 20 janvier 2020. Benoit PEYRUCQ / AFP

L’ex-recruteur Mourad Farès, 35 ans, a été condamné vendredi soir à Paris à 22 ans de réclusion criminelle pour avoir incité des dizaines de jeunes à partir faire le jihad en Syrie et pour y avoir dirigé un groupe de jeunes combattants.

La cour d’assises spéciale a assorti cette condamnation à 22 ans de prison, conforme aux réquisitions de l’avocate générale, d’une période de sûreté des deux tiers. Mourad Farès, qui avait fui la Syrie à l’été 2014, un an après son arrivée, est resté impassible dans le box à l’énoncé du verdict.

L’avocate générale avait demandé devant la cour une peine de 22 ans de prison assortie d’une période de sûreté des deux tiers. La représentante de l’accusation avait appelé à sanctionner le rôle « déterminant » de Mourad Farès dans le recrutement d’une « quarantaine » de jihadistes, et l’absence d’un « réel repentir ».

Ce vendredi, « pour la première fois » depuis son incarcération en France en septembre 2014, Mourad Farès avait exprimé ses « regrets », mais il a « une responsabilité plus importante que celle qu’il a accepté d’endosser », avait estimé la magistrate.

A l’audience, l’accusé s’était défendu d’être un recruteur de premier plan, reconnaissant avoir pu « indirectement » inciter à des départs via ses vidéos de propagande et avoir « facilité » de nombreux passages en Syrie, où il était arrivé en juillet 2013 après un périple en voiture à travers l’Europe.

Il a admis avoir conseillé et fourni le contact d’un passeur à un groupe de dix Strasbourgeois entrés en Syrie mi-décembre 2013, dont faisait partie Foued Mohamed-Aggad, l’un des futurs kamikazes du Bataclan. Mais il a nié avoir eu une quelconque influence sur leur départ, ce qu’ont aussi assuré certains des survivants du groupe entendus comme témoins, après avoir accablé Mourad Farès à leur retour en France.

« Qu’on appelle ça recruter, inciter, aider: il est un élément déterminant dans le départ des Strasbourgeois et un catalyseur pour de nombreux autres », une « quarantaine de personnes » au total, avait appuyé la représentante de l’accusation. Pour cette dernière, Mourad Farès s’était radicalisé « avant » sa rencontre fin 2012 avec son « mentor » Oumar Diaby, un important recruteur aussi connu sous le nom d’Omar Omsen dont il s’est dit « l’une des victimes ».
Car l’accusé a « développé une propagande élaborée dès la fin 2012 », « réalisant » notamment une vidéo appelant au jihad et qui a été visionnée par « 200 à 300 000 » personnes.

Mourad Farès, qui réfute avoir combattu en Syrie, a pour l’avocate générale « participé à des actions armées » au sein du groupe État islamique en Irak et au Levant (EIIL, devenu État islamique en 2014), avant de quitter cette organisation terroriste pour intégrer la brigade d’Oumar Diaby, affiliée au Front al-Nosra (ex-branche syrienne d’al-Qaïda).

La cour d’assises a également reconnu Mourad Farès coupable d’avoir « dirigé » début 2014 cette brigade de jeunes combattants francophones, en l’absence d’Oumar Diaby, alors parti au Sénégal. Au retour d’Oumar Diaby en Syrie en février-mars 2014, Mourad Farès avait quitté le groupe suite à une « dispute » qui, a-t-il assuré, n’était pas « une lutte de pouvoir », puis la Syrie quatre mois plus tard. Arrêté en Turquie, il avait été remis à la France en septembre 2014 et collaboré avec les autorités.

Avec AFP