AccueilACCUEILProjection du film MARE MEDITERRANEUM au Sénégal: les confidences de Maria Chaqués...

Projection du film MARE MEDITERRANEUM au Sénégal: les confidences de Maria Chaqués Serrano

Maria Chaqués Serrano, qui dirige l’association collective AfroLatidos, qui a réalisé le film documentaire Mare Mediterraneum (Mer Méditerranée) qui a été projeté à Dakar la semaine dernière, a accordé une interview à nos confrères du journal l’lndépendant. Dans cet entretien, l’activiste d’origine espagnole  renseigne qu’en réalité ce film dénonce toute forme de discrimination envers les migrants et appelle à mieux humaniser la libre circulation des migrants et le respect de leurs droits. Elle n’a pas manqué de donner son avis sur la migration en général.
Mme Maria Chaqués, quel est l’objet de votre présence au Sénégal?
Je suis retournée au Sénégal parce que j’y ai vécu pendant un an (entre 2009 et 2010). J’y suis retournée en 2017 pour tourner le documentaire. Et maintenant, en 2024, lors de notre tournée internationale, dans le cadre de la promotion du documentaire, nous avons eu la chance de retourner au Sénégal, un pays clé dans notre film parce qu’on a filmé dans différentes parties du pays, notamment à Thiaroye/Mer et aussi dans différents endroits à Dakar et aussi à Gandiol à Saint Louis. Nous sommes venus ici avec mon équipe et aussi avec ma famille pour présenter la première de notre documentaire Mare Mediterraneum.
Pouvez-vous nous parler de ce film et du message que vous véhiculez à travers cette production? Pourquoi vous avez choisi le Sénégal?
Nous avons présenté le film et nous avons fait quatre projections. La première c’était le mardi 19 novembre au centre culturel de Yarakh avec notre collaborateur Mamadou Diol et avec les comédiens du troupe qui ont fait des sketches, qui ont montré la réalité migratoire du Sénégal vers l’Europe par la voie maritime. Nous avons choisi ce lieu là parce qu’une partie du film a été tournée là-bas. Le jeudi 21 novembre, c’était à l’institut espagnol Cervantes et le mercredi 22 novembre, nous nous sommes rendus à Mbour pour rencontrer des associations locales comme celle qui regroupe les femmes qui ont perdu leurs enfants sur la route de la migration non sûre, et aussi l’association Sauver Ma Santé, l’association Biza Fii. C’était une projection en plein air au quartier Thiocé de Mbour. Finalement, samedi 23 novembre, nous avons eu la projection au Guediawaye Hio Hop, un centre géré par les rappeurs commme “Fou Malade. Le film met la lumière sur les récits des luttes et des survies des femmes migrantes africaines et aussi des témoignages d’hommes migrants d’Afrique Subsaharienne. Il y a aussi les témoignages des familles des migrants et des mamans qui ont perdu leurs enfants et qui attendent encore de leurs nouvelles et aussi des témoignages de migrants de retour. Il y a aussi un espace de sensibilisation où l’on parle de l’importance du vivre ensemble et d’aller vers une communauté universelle entre les populations et les cultures. Il y a eu un partage d’expérience entre notre association et l’association “Xaxataay” qui regroupe toutes les sensibilités ethniques pour créer un espace de partage entre cultures. Ce n’est pas moi qui ai choisi le Sénégal, c’est un pays que je connais depuis longtemps et en Espagne je travaillais déjà avec des migrants d’origine africaine. C’est là-bas où j’ai découvert les sénégalais et j’ai connu le concept de la teranga qui est très proche de la culture espagnole. Nous sommes devenus des frères et des soeurs qui font partie d’une même famille et c’est pour cela que c’est le Sénégal qui joue le rôle principal quand on parle de la migration surtout en Afrique de l’Ouest.
Nous voulons humaniser la libre circulation et je considère que la terre appartient à tous les êtres humains et nous devons pouvoir voyager sans limitation aucune autant les ressortissants européens voyagent librement, sans restriction, les populations au dessous du globe devraient aussi en faire de même. Le fait qu’elles n’aient pas accès au visa fait qu’elles se tournent vers cette voie. Ces dernières doivent être les bienvenues. Moi par exemple, chaque fois que je viens ici au Sénégal ou dans les pays de l’Amérique latine et d’autres pays, je suis toujours la bienvenue c’est pour cela que je suis devenue activiste pour les droits humains pour exiger que ces droits là soient respectés dans tous les pays du monde et au niveau de toutes les frontières. C’est dans ce sens que le film véhicule un message très engagé qui dénonce et qui, en même temps, fait une invitation pour créer une communauté universelle où toutes les personnes de toutes les cultures vont vivre ensemble et en harmonie.
Vous avez eu à projeter le film dans d’autres pays?
Le documentaire a fait un parcours international. Il a été projeté dans un festival très connu sur la méditerranée et dans plusieurs festivals internationaux en Europe, en Amérique latine et dans des pays asiatiques comme l’Inde. L’accueil a toujours été fantastique, il y a des pays qui ne connaissaient pas ces réalités et le public a été sensibilisée sur la cause. Nous avons fait la première en Afrique au Sénégal, la semaine dernière et aussi l’accueil a été fantastique.
Que pensez-vous de la migration irrégulière?
Je n’utilise pas le terme migration irrégulière, je préfère parler de libre circulation. Toutes les personnes doivent avoir le même droit universel de pouvoir se déplacer sans restriction dans tous les pays du monde. Les personnes du Nord du globe peuvent se déplacer librement alors que celles du Sud du globe n’ont pas ce privilège mais par contre, toutes les ressources du sud du globe se déplacent sans aucun problème vers le Nord du globe, alors cette réalité est le résultat du monde globalisé où le capitalisme exploite au maximum les ressources des pays du Sud et mettent des restrictions pour les personnes alors c’est vraiment une injustice terrible et moi en tant qu’activiste des droits humains, je m’oppose et en tant que femme blanche, je fais monter ma voix pour continuer de dénoncer ces violations au niveau de l’Atlantique et dans tous les pays du monde.
Quels sont les causes de la migration selon vous?
Pour pouvoir comprendre ce sujet, il faut vraiment approfondir. Mais il y a plusieurs causes en général. Chauqe cas est unique. Les personnes qui migrent n’ont pas le même vecu. Par exemple, deux jeunes qui ont vecu dans un même quartier, qui ont eu la même éducation, qui partagent la même culture, peuvent malgré tout avoir des motivations différentes. Nous ne pouvons pas généraliser mais on peut noter les causes économiques, ceux qui partent pour le travail, pour un problème de subsistance. Il y en a aussi qui partent pour des raisons politiques, ethniques ou culturelles. Il y a des personnes qui migrent à cause de leur orientation sexuelle pace qu’elles ne sont pas acceptées dans leur pays d’origine. Il y a aussi ceux qui partent pour des questions religieuses et d’autres qui fuient la guerre. Et pour finir, il y a des personnes qui migrent parce qu’elles ont la curiosité de découvrir le monde, de pouvoir découvrir d’autres réalités culturelles tout simplement. Et les voyages font partie du développement de l’humanité et ils ont été présents dans toutes les civilisations et dans toutes les cultures tout au long de l’histoire. Des ressortissants du Nord viennent également dans les pays du Sud pour découvrir, échanger, faire des rencontres et pour s’ouvrir et ceux du Sud ont également besoin de cela. Ils ont le droit de sortir et si on leur facilite ce déplacement, il pourront se rendre dans les pays du Sud et s’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, il vont retourner chez eux mais si on met des frontières, il vont investir beaucoup d’argent et même risquer leur vie pour voyager. La famille aussi est obligée de vendre tous ses biens pour investir dans un voyage. Le jeune dont la famille a vendu tous ses biens pour financer son voyage, une fois arrivé en Europe, même si les choses ne se passent pas comme il le voudrait, il ne retournera pas au pays avec les poches vides. Il reste même s’il est dans des difficultés. Ceux qui partent sont confrontés à des problèmes au niveau des pays d’accueil. Le migrant qui arrive a des problèmes pour avoir des papiers pour pouvoir espérer trouver un travail. C’est un processus très long.
Quelles solutions préconisez vous pour mettre fin à la migration irrégulière?
Si j’avais le pouvoir de changer les choses, ce serait d’ouvrir les frontières pour que les personnes puissent circuler librement. La première solution doit venir des gouvernants. En tant que société civile, nous allons continuer à dénoncer cet abus de pouvoir, cette violation systématique des droits humains. Malheureusement, malgré tous les efforts que l’on peut faire pour sensibiliser la population, je crois (j’ai eu l’opportunité de rencontrer des migrants au Sénégal et ailleurs et d’échanger avec eux) que les gens vont continuer à tenter le voyage par voie maritime qui est une voie non sûre et alors je vois vraiment que les gouvernements de l’autre côté de la méditerranée ne facilitent pas la migration par voie sûre et malheureusement cette migration va continuer. C’est cela mon expérience. J’ai passé toute ma vie en Espagne et les plus jolis souvenirs de ma vie sont dans la méditerranée. En tant que société civile, nous allons continuer d’exiger le respect de la vie humaine et l’ouverture des frontières.
Votre mot de la fin
Je remercie la population sénégalaise pour l’accueil. J’ai vecu ici et nous sommes toujours les bienvenus ma famille et moi. J’ai de bons amis au niveau de la diaspora sénégalaise depuis des années. Nous avons travaillé sur le projet pendant 15 années avec une équipe espagnole et une équipe sénégalaise. Mais aussi avec des personnes qui ont soutenu le projet. Pour nous, le projet était plus qu’un rêve, c’est un engagement de pouvoir partager avec des gens qui nous ont confié des histoires, des récits très intimes, dès fois même très douloureuses et pour nous c’était indispensable de pouvoir leur montrer que leurs témoignages ont servi à sensibiliser pour humaniser et on va continuer à travailler pour cette cause. Nous sommes très engagés et tout cela a commencé à partir d’une expérience personnelle. En 2007, je travaillais dans une croisière et nous avons rencontré une pirogue avec une vingtaine de personnes d’origine africaine et parmi eux, il y avait quelques femmes et deux enfants. Notre capitaine a initié une opération de sauvetage et la rencontre avec l’une des femmes qui n’avait plus de forces et qui m’a donné son enfant m’a  touchée. Et c’est ce geste qui m’a poussée à me demander comment une maman peut embarquer son enfant dans cette aventure meurtrière. Et ipso facto, je me suis engagée dans l’activisme pour lutter contre toutes les injustices qui font que des gens s’engagent dans ces voyages au péril de leur vie. Je ne vais pas baisser les bras et c’est un privilège pour moi en tant que femme blanche et en tant que maman de soutenir la population et de continuer à dénoncer certaines pratiques. Je ne compte pas baisser les bras, je vais continuer à soutenir les femmes et la population pour que les gens qui veulent voyager puissent emprunter les voies légales et sûres dans le respect des droits humains et des règles qui régissent la libre circulation.
RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PUBLICITE

spot_img

PODCASTS

Recent Comments