Le Sénégal a procédé, vendredi, au paiement anticipé de deux coupons liés à ses obligations en devises étrangères, selon des sources citées par Bloomberg. L’État a ainsi versé 53,75 millions d’euros au titre de ses obligations libellées en euros arrivant à échéance en 2037, ainsi que 38,8 millions de dollars sur ses titres en dollars. Ces paiements ont été effectués avant leur date d’exigibilité, rapporte Dakaractu.
Selon toujours nos confrères, cette opération intervient dans un contexte de fortes tensions financières et à quelques semaines de l’arrivée d’une mission du Fonds monétaire international (FMI), attendue à Dakar avant la fin du mois de juin. Le Sénégal cherche à relancer un programme d’aide suspendu en 2024 après la découverte d’environ 7 milliards de dollars de dettes non déclarées par le précédent régime, dont près de 5 milliards de prêts extérieurs.
Ce nouveau règlement anticipé s’inscrit dans une stratégie de réassurance des marchés engagée depuis plusieurs mois par les autorités sénégalaises. En mars dernier, le pays avait déjà honoré par anticipation des coupons et le principal de certaines obligations étrangères pour un montant total de 471 millions de dollars, évitant ainsi tout risque d’incident de paiement. À cette occasion, la Banque centrale avait transféré 380 millions d’euros aux détenteurs d’euro-obligations arrivant à maturité en 2028, ainsi que 33 millions de dollars aux porteurs d’obligations en dollars échéant en 2048.
Cette discipline dans le remboursement de la dette constitue aujourd’hui l’un des principaux arguments du gouvernement pour rassurer les investisseurs et les détenteurs d’eurobonds, alors que les coûts de financement du pays se sont accrus ces derniers mois.
Les analystes demeurent toutefois prudents. Selon Oxford Economics, la capacité du Sénégal à faire face à ses engagements financiers dépendra notamment des revenus tirés de l’exploitation pétrolière et gazière, en particulier des projets Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim, mais aussi de la mobilisation des recettes fiscales internes et du soutien des partenaires multilatéraux. Ces ressources pourraient néanmoins ne pas suffire, à elles seules, à absorber les importantes échéances de dette attendues entre 2026 et 2028.
Dans ce contexte, la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI apparaît comme un enjeu majeur. Les réformes attendues, notamment la réduction du déficit budgétaire, la rationalisation des subventions et l’élargissement de l’assiette fiscale, pourraient toutefois mettre à l’épreuve la capacité du gouvernement à concilier exigences financières et attentes sociales.
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