La relation entre la ville de New York et les médias ethniques et communautaires traverse une période de fortes tensions. Depuis plusieurs décennies, ces journaux, radios, télévisions et plateformes numériques jouent un rôle essentiel auprès des populations immigrées, des minorités et de millions de New-Yorkais qui s’appuient sur ces médias pour accéder à l’information sur les écoles, les élections, la sécurité publique ou encore les services municipaux.
Mais cette relation historique semble aujourd’hui se fragiliser.
Le principal sujet d’inquiétude concerne la publicité municipale. Selon les informations disponibles dans le secteur, les budgets consacrés aux médias ethniques et communautaires auraient fortement diminué, tandis qu’une partie des dépenses serait désormais orientée vers des influenceurs sur les réseaux sociaux, avec des rémunérations pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars par campagne.
Cette évolution soulève des interrogations sur l’utilisation de l’argent public et sur les critères qui président à l’attribution des campagnes de communication de la Ville.
La Local Law 83 au cœur des interrogations
La question prend une dimension particulière au regard de la Local Law 83, adoptée en 2021, qui a notamment institué le Mayor’s Office of Ethnic and Community Media (MOECM). L’objectif de ce dispositif était de renforcer la place des médias qui desservent les différentes communautés de New York dans la diffusion de l’information publique.
Le débat ne consiste pas à opposer les médias traditionnels aux réseaux sociaux. Les influenceurs occupent désormais une place importante dans l’écosystème de l’information et peuvent permettre à la Ville d’atteindre certains publics.
La question porte plutôt sur la transparence et l’équité.
Comment sont sélectionnés les influenceurs ? Quels critères sont utilisés ? Quelles agences sont chargées de ces campagnes ? Combien la Ville dépense-t-elle auprès des influenceurs et combien consacre-t-elle aux médias ethniques et communautaires ?
Autant de questions auxquelles les éditeurs concernés réclament des réponses claires.
Un bureau sans véritable direction ?
Les critiques portent également sur le fonctionnement du MOECM. Plusieurs acteurs du secteur déplorent l’absence d’une direction clairement identifiée et accessible, capable de répondre aux préoccupations des médias ethniques et communautaires.
Cette situation pose un problème concret pour les éditeurs. Lorsqu’un média constate la disparition d’une campagne publicitaire municipale, lorsqu’il conteste une décision d’une agence ou lorsqu’un journaliste rencontre des difficultés pour accéder à un événement officiel, à quelle autorité peut-il s’adresser ?
L’accès à l’information et aux événements publics ne devrait pourtant pas dépendre de la proximité politique d’un média avec l’administration.
Un média peut être critique à l’égard de la mairie tout en conservant son droit à l’accès à la presse. Dans une démocratie, le rôle d’un journaliste n’est pas de plaire aux responsables politiques, mais de poser des questions et d’informer le public.
Des interrogations ont également été soulevées concernant l’utilisation de plateformes de messagerie chiffrée, notamment Signal, dans le cadre d’échanges liés aux affaires publiques. Là encore, la question essentielle est celle de la transparence et du respect des règles applicables à la conservation des communications et aux archives publiques.
Le Conseil municipal appelé à jouer son rôle
Face à ces interrogations, le Conseil municipal de New York dispose d’un rôle important à jouer.
Les élus devraient pouvoir obtenir un état détaillé des dépenses publicitaires de la Ville, notamment la part consacrée aux médias ethniques et communautaires et celle destinée aux influenceurs et créateurs de contenu.
Ils pourraient également demander des explications aux agences travaillant pour la municipalité sur leurs critères de sélection et sur leur respect des dispositions de la Local Law 83.
Une clarification du fonctionnement du MOECM apparaît également nécessaire, notamment avec une direction clairement identifiée, un interlocuteur public pour les éditeurs et une procédure transparente permettant aux médias de faire valoir leurs droits.
Si le cadre juridique actuel présente des lacunes, le Conseil municipal devra alors déterminer s’il convient de le renforcer.
L’exigence doit être la même pour tous les bénéficiaires de fonds publics : médias communautaires, journaux locaux, radios, télévisions, plateformes numériques ou influenceurs.
Les médias communautaires au cœur de la vie civique
Les médias ethniques et communautaires ne constituent pas une composante secondaire du paysage médiatique new-yorkais. Ils sont au contraire un relais essentiel entre les institutions publiques et des communautés souvent difficiles à atteindre par les médias généralistes.
Lorsqu’une administration doit informer des populations qui ne maîtrisent pas nécessairement l’anglais ou qui s’informent principalement à travers des médias de proximité, elle se tourne précisément vers ces publications.
C’est pourquoi la question dépasse largement les intérêts économiques des éditeurs.
Elle concerne l’accès des citoyens à l’information publique, l’égalité de traitement des médias et, plus largement, le fonctionnement démocratique de la ville.
L’administration municipale a placé l’équité au cœur de son discours. Les médias ethniques et communautaires demandent désormais que ce principe s’applique également à leur secteur.
Après plusieurs mois d’interrogations, ils attendent des réponses, des chiffres et surtout de la transparence.



