AccueilACTUALITEChangement d’ère au Japon après l’abdication de l’empereur Akihito

Changement d’ère au Japon après l’abdication de l’empereur Akihito

Le prince héritier Naruhito doit monter sur le trône, le 1er mai, à l’issue de deux journées de cérémonies. A 59 ans, il défend, comme son père, le pacifisme et le devoir de mémoire.

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L’empereur du Japon, Akihito, a officiellement abdiqué, mardi 30 avril, lors d’une courte cérémonie d’une dizaine de minutes, en présence de trois cents personnes, dont le premier ministre, Shinzo Abe. Cette cérémonie sera suivie de la montée sur le trône impéral du prince héritier Naruhito, acte symbolique plus que politique, lors d’une remise des symboles et des sceaux impériaux.

Akihito, vêtu d’un costume queue-de-pie, a prononcé un court discours : « J’exprime du fond du cœur ma gratitude au peuple du Japon qui m’a accepté comme symbole de l’Etat et m’a soutenu », a-t-il lu, reprenant la définition de son rôle inscrite dans la Constitution entrée en vigueur en 1947 et par laquelle l’empereur a perdu son statut semi-divin.

Ainsi, à minuit le 1er mai, le Japon entrera dans « Reiwa », nom donné à l’ère correspondant au règne du nouvel empereur, le 126ede la plus ancienne dynastie du monde.

Lire aussi  La nouvelle ère impériale japonaise a son nom, « Reiwa »

Né en février 1960, Naruhito est l’aîné des trois enfants d’Akihito et de l’impératrice Michiko. Il fut le premier de la dynastie à être élevé par ses parents. Selon la tradition, son père avait été séparé, dès ses 3 ans, de ses parents, pour être confié à des chambellans et à des précepteurs. Il en avait souffert. En rupture avec les pratiques passées, il avait choisi de s’investir dans l’éducation de Naruhito, qui a dès lors bénéficié des soins de parents presque « normaux ». Sa mère, Michiko, lui préparait ses bentos quand il allait à l’école.

Joueur d’alto, Naruhito est amateur de tennis, de jogging et de randonnée. Très intéressé par la navigation maritime, il consacre ses études d’histoire, au début des années 1980, à l’université Gakushuin, à Tokyo, aux réseaux de transports dans la mer Intérieure (à l’ouest du Japon) au Moyen-Age.

Un nouveau couple impérial ouvert au monde

De 1983 à 1985, au Merton College de l’université britannique d’Oxford, il rédige une thèse sur le commerce sur la Tamise au XVIIIe siècle. « Comme ma vie ne me laisse que peu de chances de sortir librement, a-t-il déclaré, les routes sont pour moi un lien précieux vers des mondes inconnus. » Son intérêt s’est ensuite porté sur le rapport entre l’humain et l’eau, de l’accès à l’eau potable aux catastrophes provoquées par l’eau. Naruhito intervient régulièrement dans les conférences internationales sur ces sujets.

Son séjour britannique reste pour lui un excellent souvenir, qu’il a relaté dans un mémoire, Temuzu to tomoni : Eikoku no ninenkan(« auprès de la Tamise : mes deux années en Angleterre », aux éditions de l’université Gakushuin, 1993, non traduit). Ce séjour lui a permis de découvrir la sociabilité des pubs et de s’étonner des manières relativement détendues de la famille royale britannique : « La reine Elizabeth II se verse le thé et sert les sandwichs. »

Il a également pu apprécier la liberté de ton dont jouissaient les étudiantes, ce qui l’aurait incité à se chercher une épouse « ayant des idées bien à elle ». Son dévolu s’est rapidement porté sur Masako Owada, une roturière rencontrée lors d’un thé donné, en novembre 1986, en l’honneur de l’infante Elena d’Espagne. Fille du diplomate et ancien président de la Cour internationale de justice Hisashi Owada, diplômée d’Harvard et d’Oxford et sur le point de faire carrière au sein de la diplomatie nippone, Masako a fini, après deux refus, par accepter la demande en mariage du prince.

Le couple a une fille, Aiko, née en 2001, mais pas de fils. La pression subie par Masako pour donner au Japon un héritier mâle a largement contribué à la dépression dont elle souffre depuis 2003. Sa santé se serait améliorée, et elle reprend peu à peu, depuis 2012, ses activités officielles. De quoi faire espérer voir le nouveau couple impérial, multilingue et ouvert au monde, répondre aux attentes d’Akihito. Le retrait de l’empereur au profit de son fils aîné est significatif de sa tentative de mettre en harmonie avec son temps la fonction des descendants de la dynastie.

« Regarder le passé avec humilité »

Premier souverain du Japon à avoir été intronisé sous la Constitution de 1947, qui fait du monarque le « symbole de l’Etat et de l’unité du peuple » sans autres fonctions que protocolaires, Akihito est aussi le premier à abdiquer depuis l’empereur Kokaku (1771-1840).

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