Une trentaine de manifestants ont été arrêtés en Algérie pour avoir porté le drapeau berbère lors des marches contre le pouvoir. Ces arrestations, opérées depuis le 21 juin, ont provoqué l’ire des Algériens qui dénoncent des atteintes aux libertés.
La contestation contre le pouvoir qui secoue l’Algérie se poursuit sans relâche depuis le 22 février. Elle bénéficie même d’un second souffle depuis la multiplication des arrestations de manifestants et de personnalités algériennes, notamment à Alger.
Depuis le 21 juin, une trentaine de personnes participant au désormais traditionnel rassemblement du vendrediont été interpellées et placées en détention préventive pour “atteinte à l’unité nationale”. Leur crime : avoir brandi le drapeau amazigh (berbère), un étendardimplicitement interdit par Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire.
“Il m’appartient (…) d’attirer l’attention sur une question sensible, à savoir la tentative d’infiltrer les marches et porter d’autres emblèmes que notre emblème national par une infime minorité. L’Algérie ne possède qu’un seul drapeau, pour lequel des millions de morts sont tombés en martyrs”, avait-il déclaré le 19 juin lors d’un déplacement à Béchar. Et d’ajouter que “des ordres et instructions fermes ont été donnés aux forces de sécurité afin de faire respecter strictement les lois en vigueur et de faire face aux individus qui essayent d’attenter à nouveau aux sentiments des Algériens à propos de ce sujet sensible et délicat”.
“Une escalade de la répression”
Deux jours plus tard, la vague d’arrestations débutait. “Il s’agit d’une escalade de la répression contre les libertés individuelles et collectives qui nous inquiète. Je pense que la liberté d’expression est de plus en plus menacée en Algérie”, confie à France 24 Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP – parti d’opposition). Cette ancienne magistrate fait partie du collectif composé d’une trentaine d’avocats qui s’est constitué pour défendre les manifestants arrêtés.
Ces arrestations ont provoqué un élan de solidarité et ont suscité la colère d’une partie de la société civile, des responsables politiques de l’opposition et des leaders syndicaux. Depuis quelques jours, les unes des journaux locaux se font le relais de l’indignation ressentie dans le pays où plusieurs rassemblements de soutien ont été organisés.
Sans surprise, lors de leur marche hebdomadaire contre “le système au pouvoir”, mardi 2 juillet à Alger, plusieurs centaines d’étudiants et d’enseignants ont exigé la libération des détenus qui encourent des peines de un à dix ans d’emprisonnement. En signe de camaraderie, certains d’entre eux se sont même peints sur la figure le drapeau algérien et la lettre Yaz (“Z”) de l’alphabet tifinagh de la langue berbère, le tamazight.
Les manifestants ont également réclamé la libération de Lakhdar Bouregaa, figure de la révolution algérienne et vétéran respecté de la Guerre d’indépendance, dont l’arrestation a elle aussi provoqué un tollé général. L’octogénaire a été inculpé, le 30 juin par un tribunal algérois, pour “outrage à corps constitué et atteinte au moral de l’armée” et incarcéré après avoir critiqué l’homme fort du pays, Ahmed Gaïd Salah. Il encourt une peine de dix ans d’emprisonnement.
“Faire peur et diviser le mouvement”
“Il y a visiblement une volonté de certains cercles au sein du pouvoir d’étouffer la révolution pacifique, même si nous avons remarqué que la répression policière est de plus en plus présente sur le terrain, note Zoubida Assoul. Ce pouvoir a sa propre feuille de route, qui est finalement la même que celle proposée par Abdelaziz Bouteflika avant qu’il ne quitte la présidence. Il veut maintenir vaille que vaille ce système, en changeant juste quelques visages, or le peuple n’est pas dupe. Par conséquent, il cherche à faire peur aux manifestants et à diviser le mouvement en essayant de nous détourner vers d’autres débats qui ne sont pas ceux du peuple.”



