A La Rochelle, havre cinéphile bon enfant et bon public, on célébrait cette année, entre mille choses, le triomphe de la mimique. Conjoints pour l’occasion, deux grands maîtres du genre officiant de part et d’autre de l’Atlantique étaient convoqués, Louis de Funès et Jim Carrey. Présentée sous les mêmes auspices dans le programme, cette double rétrospective fut en fait disjointe dans la chronologie festivalière, et pas davantage réunie par une tentative de présentation et de problématisation communes. Il est regrettable qu’une aussi bonne idée soit ainsi laissée en friche.
Les raisons de rire étant ce qu’elles sont aujourd’hui, l’occasion était néanmoins à saisir. On revit donc, en compagnie d’un public moyennement mobilisé, neuf titres du « Fufu » national. Les immarcescibles, bien sûr (La Grande Vadrouille, Oscar, La Folie des grandeurs, Les Aventures de Rabbi Jacob), mais encore certains oubliés (de Funès interpréta plus de cent rôles au cinéma), dont la présence dans cette mini-rétrospective donnait à penser que justice devait leur être rendue.
Ce n’est pas totalement le cas. Du moins quelques titres méritaient-ils le dépoussiérage. C’est le cas de Ni vu ni connu (1957) d’Yves Robert, l’un des tout premiers grands rôles de l’acteur. Adapté d’Alphonse Allais, le récit oppose un braconnier malicieux (de Funès) à un garde-champêtre incompétent (Moustache). Sous la désuétude de la guéguerre provinciale façon fifties, on apprécie l’anarchisme tendre d’Yves Robert. Faites sauter la banque (1963) de Jean Girault, c’est Le Trou (1960) de Jacques Becker version Pieds nickelés. Un petit commerçant, ruiné par le banquier d’en face (Jean-Pierre Marielle en aigrefin condescendant), décide de récupérer ses économies en creusant avec sa petite famille un tunnel jusqu’à la chambre forte de la banque.
Incontestable génie comique
Enfin, L’homme-orchestre (1970), signé Serge Korber, présente le grand mérite d’entraîner de Funès, alors au sommet de sa carrière comique, hors des sentiers battus. En l’occurrence du côté de la comédie musicale, sur une belle partition pop de François de Roubaix éclatant sur fond strident de couleurs acidulées. L’acteur y interprète un directeur d’une troupe de danseuses particulièrement jaloux de ses ouailles. En dépit d’une intrigue faiblarde et de personnages falots, le film est déconcertant, frais, pétillant.
Cette mini-rétrospective vaut comme tour de chauffe d’une effervescence funésienne qui monte. Reprise des Aventures de Rabbi Jacob, en salle à compter du 10 juillet ; inauguration le 31 d’un musée dédié à l’acteur à Saint-Raphaël ; enfin, exposition prévue, sous la direction d’Alain Kruger, à la Cinémathèque française à compter du 1er avril 2020. L’initiative a d’ores et déjà ému certains puristes qui s’insurgent qu’on puisse consacrer une telle place à l’acteur dans le temple français de la cinéphilie.



