AccueilA La UNEPourquoi l’Afrique est elle aussi en proie aux flammes ?

Pourquoi l’Afrique est elle aussi en proie aux flammes ?

Culture sur brulis illégale dans la région de Manantenina à Madagascar en Afrique (image d’illustration).Diorit/wikimédia.org

Il n’y a pas que l’Amazonie qui brûle, les feux ravagent aussi la forêt africaine et pourtant personne n’en parle. Cette indifférence fait scandale sur les réseaux sociaux. À tort ou à raison ?

C’est une photo satellite de la Nasa largement reprise par plusieurs sites américains qui a mis un coup de projecteur sur ces incendies africains. Sur ces images datant de la semaine dernière, on voit que les 22 et 23 août précisément, la forêt angolaise brûle beaucoup plus que celle du Brésil. Pendant ces 48 heures, 6900 feux ont été répertoriés en Angola, près de 3400 (3395) en République démocratique du Congo. Et seulement 2127 au Brésil en Amazonie. Soit cinq fois plus sur le continent africain qu’en Amérique du Sud. Sur la même image on voit qu’il y a le feu aussi en Tanzanie et en Zambie. 70% des incendies de forêts ont lieu en Afrique sub-saharienne selon l’agence spatiale américaine.

Pourtant, plusieurs décideurs et scientifiques africains contestent le rapprochement fait entre les deux continents

C’est l’avis entre autres du climatologue Arona Diedhiou de l’IRD (Institut de recherches pour le développement), qui nous dit : attention aux amalgames ! On déforeste certes en Côte d’Ivoire pour le cacao ou dans le bassin du Congo, dont la forêt luxuriante est considérée comme le deuxième poumon vert de la planète, pour l’exploitation pas toujours régulière des essences tropicales, mais les incendies qui se produisent en Afrique sont sans comparaison avec ce qui se passe en Amérique du Sud. Le Brésil détruit plus sa forêt que la RDC. En Amazonie, poursuit-il, on observe un bond spectaculaire des incendies ces derniers mois. Cette hausse est très inquiétante, c’est ici qu’il y a l’urgence.

Ces feux africains sont aussi d’une nature très différente de ceux qui embrasent l’Amazonie

Chaque année, au début de la saison des pluies, les paysans africains ont recours à la pratique ancestrale du brûlis pour fertiliser ou dégager des terres arables. Au Kenya on dit que brûler la forêt amène la pluie. En fait, souligne Arona Diedhiou, la savane qui brûle repousse en une saison comme par magie. Ce qui n’est pas le cas de la forêt. Qui mettra des décennies, voire un siècle à se régénérer. C’est le deuxième malentendu entretenu par cette photo satellite : elle montre des milliers de points rouges témoignant des feux mais sans information sur le type de végétation concerné.

Quelles sont les conséquences de ces incendies?

A court terme ils sont d’abord néfastes pour la santé des habitants. Et ils sont évidemment contre-productifs à long terme, pour la biodiversité, la fertilité des sols. Cette forêt qui se consume participe ainsi à la dégradation des sols africains. Cela pèse lourd sur l’économie, la dégradation des sols ampute en moyenne 9% du PIB, dans certains pays africains, cela va jusqu’à 40% selon le dernier rapport du GIEC consacré au lien entre terre et climat.

Pour répondre à la vague d’indignation suscitée par cette Afrique en flamme, le président Macron a évoqué une aide pour le continent équivalente à celle promise par le G7 pour l’Amazonie : 20 millions de dollars que le Brésil vient d’ailleurs de décliner. L’argent pourquoi pas, mais l’essentiel est ailleurs. Selon Arona Diedhiou, ce qu’il faut changer ce sont les habitudes. Et de citer l’initiative « 4 pour 1000 » faisant la promotion d’une agriculture intelligente permettant de restaurer les terres tout en capturant le carbone. Une vraie révolution des mentalités, cela demande du temps et des moyens humains plutôt que de l’argent.

►En bref

Au G7 la France a annoncé hier un accord avec les Etats-Unis sur la taxe GAFA.

Une taxe votée en juillet qui a provoqué la colère et donc les menaces de Donald Trump. Le compromis trouvé à Biarritz évite à la France des représailles sur ses exportations de vin vers les Etats-Unis. Sans remettre en cause l’application immédiate de cet impôt sur les multinationales du numérique. Paris s’engage à y renoncer dès qu’un accord international sera trouvé sur l’imposition des plate-formes internet.

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