
Un procès hors norme qui s’est ouvert ce lundi 9 mars aux Pays-Bas, celui du vol MH17 abattu à l’est de l’Ukraine en guerre, en juillet 2014. La cour a constaté ce matin l’absence des quatre suspects, trois Russes et un Ukrainien. Un seul d’entre eux, Oleg Poulatov, a engagé des avocats qui le représentent. La première journée d’audience était essentiellement consacrée aux questions de procédures, ce qui n’a pas empêché des moments d’émotion.
Avec notre envoyée spéciale au complexe militaire de Schipol,
Pendant 18 minutes, dans un silence recueilli, un représentant du parquet a énuméré les noms des 298 victimes. Les deux tiers des passagers du vol MH17 étaient Néerlandais, mais au total, 17 nationalités étaient représentées. La plus âgée des victimes avait 82 ans. Elle était Indonésienne. Le plus jeune, un an, était Malaisien, a souligné l’un des juges.
Ce moment solennel était chargé d’émotion pour les proches de victimes qui assistent au procès dans une pièce qui leur est réservée, mais aussi pour leurs avocats. Peter Langstraat est l’un d’entre eux. « Je suis dans le métier depuis 32 ans, mais j’ai dû redoubler d’efforts pour contrôler mes émotions pour être honnête, déclare-t-il. Ce que nous avons entendu était très impressionnant et cela montre l’impact que ça a eu sur la société néerlandaise et toutes les familles. Dans la vie de tous les jours, même aujourd’hui encore, tout le monde connait quelqu’un un ami, un membre des familles de victimes, un voisin qui a été touché par cette tragédie. C’est l’attaque la plus importante contre des civils néerlandais depuis la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas uniquement de deuil individuel pour les familles, mais cela a eu un énorme impact sur la société néerlandaise. »
« Il y a eu tellement de théories sur les causes sur le crash du MH17, poursuit l’avocat. On a évoqué un avion de chasse ukrainien, puis un missile BUK tiré du territoire ukrainien, il y a eu beaucoup de spéculations, mais la seule chose que les familles de victimes veulent, c’est la vérité et des excuses de la part des responsables. »
« La violence trouve son seul refuge dans le mensonge »
La journée a aussi été marquée par les déclarations des avocats de la défense d’un seul des suspects, Oleg Poulatov. Sabine ten Doesschate a annoncé devant la cour que son client estimait « qu’il n’était responsable, d’aucune manière de la catastrophe. Il dit qu’il n’a rien à voir avec la destruction du vol MH17 », a souligné l’avocate. Son confrère a insisté sur le fait que l’Ukraine n’avait pas fermé son espace aérien, alors que la guerre faisait rage dans la Donbass.
Avant cela, la parole était à l’accusation. L’un des procureurs a expliqué que l’enquête avait été longue et complexe. Il a répété que la Russie avait multiplié les efforts pour nuire aux investigations. Et comme pour enfoncer le clou, Ward Ferdinandusse a terminé sa déclaration en citant l’écrivain russe et dissident du régime soviétique Alexandre Soljenitsyne : « La violence trouve son seul refuge dans le mensonge et le mensonge son seul soutien dans la violence ».



