
Jeudi 12 mars, une trentaine de journalistes correspondants des médias francophones en Italie ont publié une tribune parue dans le quotidien « Libération ». Le but : alerter l’opinion publique française et les autorités en particulier de ne pas prendre la menace du coronavirus à la légère.
De notre correspondant à Rome,
Les signataires de cette tribune expliquent que cela fait déjà un moment qu’ils sont frappés par le décalage qu’il y a entre l’Italie et la France. L’Italie est dans une situation très grave, le coronavirus a fait plus de 1 000 morts et plus de 15 000 personnes sont contaminées. Les habitants vivent quasiment un couvre-feu, du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Le jeudi 12 mars, la protection civile a même appelé aux dons du sang, car les hôpitaux sont au bord de la rupture.
La France n’est heureusement pas aussi touchée, mais il ne faut pas faire comme si c’était quelque chose qui ne soit pas si catastrophique, expliquent ces journalistes correspondants se trouvant en Italie.
Dans cette tribune, il y a aussi la volonté de répondre à la parole publique : il y a deux jours, la porte-parole du gouvernement français, Sibeth Ndiaye, a tenu une conférence de presse vue comme surréaliste et condescendante en Italie. Elle expliquait notamment que la France saurait faire mieux que son voisin.
Lutter contre des idées reçues
Les journalistes signataires expliquent qu’il n’y a plus de temps à perdre. Pour eux, il ne s’agit pas de faire peur, mais d’agir de manière responsable et de sensibiliser la population française. Dans leurs familles, chez leurs amis en France ou sur les médias, ces journalistes ont vu une forme d’insouciance face au coronavirus, alors que les Italiens, eux, ont fini par respecter les règles : ils ne sortent pas de chez eux, ils ne se rassemblent pas hors des stades de football alors que les matches ont eu lieu à huis clos.
Ce coronavirus ne touche pas que des personnes âgées comme une grippe. En Italie, la tranche d’âge des 40-50 ans est également touchée. Il est rappelé dans la tribune parue dans Libération que le premier cas à Codogno, en Lombardie, fin février, était un jeune de 38 ans en pleine santé. Il vient tout juste de sortir de thérapie intensive.
Les mesures prises en France
Les mesures prises par Emmanuel Macron sont globalement bien reçues en Italie, car la précaution est ici la règle depuis plusieurs semaines. Mais beaucoup d’Italiens disent que la France a dix jours de retard, les écoles ont été fermées le 5 mars dans la péninsule.
En Italie, c’est le système de santé du Nord du pays, l’un des meilleurs d’Europe, qui est aujourd’hui à la limite. Les signataires de la tribune souhaitent que les hôpitaux français ne soient pas confrontés aux mêmes problématiques.
«Journalistes en Italie pour des médias français et francophones, nous couvrons depuis le début la crise épidémique du coronavirus dans la péninsule. Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux, les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants.
«Par conséquent, nous considérons qu’il est de notre responsabilité d’adresser un message aux autorités publiques françaises et européennes pour qu’elles prennent enfin la mesure du danger. Tous, nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus
«Hors d’Italie aussi, il n’y a plus de temps à perdre. Nous estimons qu’il est de notre devoir de sensibiliser la population française. Souvent, les retours qui nous arrivent de France montrent qu’une grande partie de nos compatriotes n’a pas changé ses habitudes. Ils pensent qu’ils ne sont pas menacés, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Or, l’Italie commence à avoir des cas critiques relevant de la réanimation dans la tranche d’âge 40-45 ans. Le cas le plus éclatant est celui de Mattia, 38 ans, sportif et pourtant à peine sorti de dix-huit jours de thérapie intensive. Il est le premier cas de Codogno, fin février, au cœur de la zone rouge dans le sud de la Lombardie.
«Par ailleurs, certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe.
La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne.»



