Chronique. En 2012, à la veille de son élection à un troisième mandat à la présidence de la Russie après un intermède au poste de premier ministre, Vladimir Poutine reçut six reporters de journaux occidentaux, dont Le Monde, autour d’un dîner dans sa datcha de Novo- Ogarevo.
On lui demanda pourquoi, au cours de cette campagne électorale qui s’achevait, il avait systématiquement refusé le principe d’un débat télévisé avec les autres candidats. Il eut l’air sincèrement étonné de cette question. « Pourquoi devrais-je débattre avec eux ? Je connais leurs programmes ! », répondit-il, avant de clore le sujet par cette phrase définitive : « Ce n’est pas le débat qui compte, c’est le résultat. »
Voilà le dirigeant d’un grand pays qui n’appréhende ni la valeur intellectuelle du débat ni l’intérêt politique de la confrontation des idées : seul compte le pouvoir, qu’il exerce depuis vingt ans. Le débat est fondamental en démocratie ; il permet d’éclairer le choix que feront les citoyens en élisant leurs représentants. Le président russe, visiblement, n’en voit pas l’utilité pour ses compatriotes, pourtant régulièrement convoqués aux urnes.
Dans le droit-fil de cette pensée, M. Poutine vient de proclamer, dans un entretien publié le 28 juin par le Financial Times, que « l’idée libérale est devenue obsolète ». En Occident, l’affirmation a choqué. Pourquoi cette interview, opportunément accordée au quotidien britannique à la veille du sommet du G20 d’Osaka (Japon), a-t-elle fait mouche ?



