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Abdoulaye Wade : comment un bâtisseur a modernisé le Sénégal sans faire exploser la dette

L’un des plus grands paradoxes de l’histoire économique récente du Sénégal mérite enfin d’être posé avec honnêteté :
comment Abdoulaye Wade a-t-il pu :
construire autant ;
recruter autant ;
investir autant ;
tout en quittant le pouvoir en 2012 avec une dette publique estimée autour de 35 % du PIB ?
La question dérange parce qu’elle casse un récit trop souvent simplifié.
Pendant des années, certains ont voulu réduire Wade :
soit à un homme de prestige ;
soit à un président des “grands travaux” ;
soit à un dirigeant ayant “trop dépensé”.
Mais les faits macroéconomiques racontent une réalité plus complexe : Wade a été l’un des rares dirigeants africains à assumer une politique massive d’investissement public tout en maintenant, durant une grande partie de son régime, une dette encore relativement soutenable.

Le Sénégal de Wade : un État bâtisseur

Avant Wade, le Sénégal fonctionnait largement dans une logique d’administration prudente héritée des ajustements structurels.
Wade change la philosophie de l’État.
Il considère qu’un pays pauvre ne peut pas devenir émergent sans :
infrastructures ;
routes ;
autoroutes ;
universités ;
énergie ;
TIC ;
équipements structurants.
Autrement dit : il refuse la gestion de la pénurie comme horizon politique.
Son ambition était claire : construire vite pour transformer durablement.
C’est cette logique qui explique :
les autoroutes ;
les grands chantiers ;
l’ouverture du territoire ;
les investissements dans l’éducation et le numérique.

Le grand avantage de Wade : avoir compris le moment international

Mais Wade n’était pas seulement un bâtisseur.
Il était aussi un stratège.
Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2000, le contexte mondial est favorable :
allégement de la dette africaine ;
initiatives PPTE ;
croissance mondiale relativement forte ;
accès facilité aux financements.
Wade comprend immédiatement qu’il faut utiliser cette fenêtre historique pour investir massivement.
Pendant que d’autres États africains restaient dans une logique de prudence paralysante, lui choisit :
l’investissement ;
la modernisation ;
la projection vers le futur.

Diversifier les partenaires pour préserver la marge de manœuvre

L’une des grandes intelligences stratégiques de Wade fut également diplomatique.
Il refuse que le Sénégal reste dépendant d’un seul bloc financier ou géopolitique.
Le pays s’ouvre :
à la China ;
au monde arabe ;
aux financements islamiques ;
aux monarchies du Golfe ;
à de nouveaux circuits de coopération.
Cette diversification réduit la dépendance et élargit les capacités de financement.
Wade avait déjà compris ce que beaucoup découvrent aujourd’hui : la souveraineté passe aussi par la diversification des alliances économiques.

La dette n’est pas un problème… si elle construit

Le débat sur la dette est souvent mal posé au Sénégal.
Le vrai problème n’est pas : “combien un État emprunte”.
La vraie question est : “que fait-il de cet endettement ?”
Sous Wade, une grande partie de la dette servait à :
financer des infrastructures ;
construire des équipements structurants ;
soutenir la modernisation du pays.
Autrement dit, la dette finançait des actifs visibles et productifs.
Et c’est cela qui explique pourquoi, malgré l’ampleur des investissements, le ratio dette/PIB restait encore relativement maîtrisé en 2012.

Le contraste avec l’Afrique contemporaine

Aujourd’hui, beaucoup de pays africains s’endettent
pour financer des déficits ; des dépenses de fonctionnement ou des urgences budgétaires.
Wade, lui, assumait une logique différente : utiliser l’endettement comme levier de transformation nationale.
C’est une nuance fondamentale.

Le vrai débat : vision ou gestion comptable ?

Au fond, Wade posait une question politique profonde :…

Par Dr. Famara SANE

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