René Capain Bassène a été arrêté huit jours après les meurtres et, en 2022, condamné à la prison à vie pour complicité de meurtre, de tentative de meurtre et association de malfaiteurs – des crimes qu’il n’aurait pas pu commettre, ont déclaré des témoins au CPJ.
Fin 2024, l’examen par le CPJ de documents judiciaires et des entretiens avec Bassène, ses coaccusés et des témoins a révélé que l’enquête sur le journaliste était entachée de nombreuses irrégularités. Plusieurs personnes acquittées par la suite ont déclaré au CPJ qu’elles avaient été contraintes d’impliquer le journaliste ou de signer des procès-verbaux d’interrogatoires erronés. Le CPJ a également constaté que l’enquête s’appuyait sur des preuves incohérentes concernant le lieu où se trouvait Bassène le jour des meurtres et qu’il existait des raisons de douter de l’authenticité des courriels qu’il aurait envoyés. Bassene a déclaré avoir été maltraité en détention; des documents médicaux font état d’une blessure à l’oreille à la suite d’un “traumatisme”, renseigne PressAfrik.
Selon Sané, secrétaire du village de Toubacouta, au sud du Sénégal, dans la ville principale de Ziguinchor, en Casamance, la seule fois où il a parlé à Bassène, c’est lorsque celui-ci l’a appelé le jour du massacre pour lui demander des informations sur les meurtres. Á l’époque, Basséne était sur le point de terminer son quatrième livre sur le conflit entre les forces gouvernementales sénégalaises et le Mouvement séparatiste des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Une cour d’appel a confirmé sa peine en 2024; un deuxième appel de sa condamnation est actuellement devant la Cour suprême du Sénégal.
L’enquête du CPJ a également révélé de nouvelles informations liant l’emprisonnement de Bassène à son travail. En effet, des documents judiciaires montrent que les procureurs ont cité les activités journalistiques de Bassène, y compris des appels téléphoniques et des courriels, avant et après les meurtres dans leurs arguments à charge. Ces informations l’ont conduit à être le seul journaliste sénégalais à figurer dans le recensement 2024 des membres des médias emprisonnés dans le monde établi par le CPJ. Le Sénégal, qui a élu un nouveau Président et parlement se voulant réformateurs en 2024, a été classé parmi les cinq pays qui emprisonnent le plus de journalistes en Afrique dans le recensement 2023 du CPJ.



