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Agence française de développement: un colloque pour se renouveler

« Tout Afrique : les enjeux d’une approche continentale » était le thème du colloque organisé à Paris mercredi 12 avril par l’Agence française de développement. Les intervenants avaient pour nom Alpha Condé, Pierre Gattaz, Jean-François Bayart. Une journée de débats pour faire émerger une grille de lecture des nouvelles dynamiques d’une Afrique « majeure ».

« Si on cessait dans nos têtes, dans nos organisations, de couper l’Afrique en deux, entre l’Afrique subsaharienne d’un côté et l’Afrique du Nord de l’autre, ne comprendrions-nous pas mieux les enjeux de la zone saharo-sahélienne qui nous préoccupe tant ? Si l’on sortait d’une vision duale du continent, quelle réalité, quelle dynamique verrions-nous apparaître ? » C’est en ces quelques mots qu’a résumé Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), les interrogations de son organisation soucieuse de donner une nouvelle orientation à son action en faveur de développement, notamment en Afrique.

Institution publique chargée de mettre en œuvre la politique d’aide du gouvernement français, l’AFD est à la recherche de nouvelles stratégies pour rendre son action plus efficace. Le colloque qu’elle a organisé mercredi 12 avril, à l’Institut du monde arabe à Paris, réunissant à la fois des entrepreneurs industriels, des bailleurs de fonds nationaux et internationaux et des chercheurs africanistes, avait précisément pour objectif de « mettre en débat les principales options pressenties pour sa prochaine stratégie ».

« Des césures inopérantes »

Introduisant les thèmes du colloque, Rémy Rioux a rappelé que l’Afrique était le cœur de l’activité de l’AFD. « Plus de 500 de nos agents y travaillent dans 37 bureaux, a-t-il précisé. Nous avons engagé 4 milliards d’euros en 2016, soit la moitié de nos investissements dans les États étrangers. »

Créée pendant la Seconde Guerre mondiale par le Général de Gaulle, l’AFD était initialement vouée aux départements et territoires français d’outre-mer, puis surtout à l’Afrique. Si dans les années 1990, l’organisation a vu son périmètre d’action s’élargir pour englober l’ensemble des pays en développement, la priorité africaine demeure une constante de sa stratégie, comme en témoignent les flux croissants de financements vers l’Afrique subsaharienne, passés de 723 millions d’euros en 2005 à 3,1 milliards d’euros en 2015.

Cette « priorité africaine » devrait se traduire par une ligne de budget de 20 milliards d’euros sur la période 2013-2018 comme promise par François Hollande, alors que les engagements financiers annuels de l’agence devraient passer de 9 milliards d’euros en 2016 à 12 milliards d’ici à 2020, après 8,3 milliards en 2015 et 8,1 milliards en 2014.

C’est dans ce contexte d’accroissement historique de ses moyens que l’AFD s’est lancée dans un travail de rééquilibrage de sa stratégie africaine, qui a été jusqu’ici fondée sur une double répartition du continent : entre d’une part l’Afrique francophone et non-francophone et entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, d’autre part. « Héritées de notre histoire coloniale, ces césures se révèlent aujourd’hui inopérantes sur le terrain », déclare Rémy Rioux, rappelant que les entreprises françaises qui investissent en Afrique ont abandonné depuis belle lurette ces grilles de lecture.

« Celles-ci sont sans doute aujourd’hui plus présentes en termes de chiffre d’affaires au Kenya ou en Afrique du Sud que dans les pays francophones de l’Ouest-africain ou de l’Afrique centrale, alors que nous les bailleurs de fonds, notre lecture du continent est toujours déterminée par les répartitions anciennes », poursuit le patron de l’AFD. Et de citer l’exemple de sa propre agence où les dossiers africains sont partagés entre deux services, l’un qui s’occupe de l’Afrique du Nord et l’autre dédié à l’Afrique subsaharienne.

« C’est la faute aux culturalistes »

Pour Jean-François Bayart, africaniste de renom, la faute est aux culturalistes qui dominent les études politiques depuis un siècle. Prenant la parole dans le cadre de la table ronde réunissant universitaires (Jean-François Bayart), économiste (Felwine Sarr), animateur de think tank (Karim El Aynaoui), l’auteur de L’État en Afrique : la politique du ventre (Fayard 1989) a expliqué que les culturalistes ont réparti le monde connu entre des aires culturelles distinctes, séparées par la géographie.*

« Or le Sahara qu’on a érigé en mur entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne était une véritable autoroute, qui servait plutôt à connecter les mondes qu’à les diviser ». « Pas plus que l’Europe, l’Afrique n’a de frontières naturelles », a-t-il ajouté, appelant les penseurs de l’Afrique qui vient à « dénaturaliser » les frontières naturelles pour mieux s’inspirer du modèle transnational « face aux grands enjeux mondiaux qui sont d’ordre politique, environnemental et sécuritaire ». Le patron du Medef Pierre Gattaz, qui a participé aux débats, n’a pas dit autre chose en appelant les entreprises françaises à s’engager en Afrique « dans une logique résolument panafricaniste ».

Des idées, des propositions qui ont conforté l’intuition de Rémy Rioux de la nécessité urgente d’imaginer une nouvelle grille de lecture pour mieux saisir les lignes de force et les dynamiques en train d’émerger dans une Afrique devenue « majeure », selon le qualificatif utilisé par le président Alpha Condé. En visite d’État à Paris, le président guinéen a ouvert les travaux du colloque de l’AFD.

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