AccueilACCUEIL*CHEIKH HAMIDOU KANE : UN MAODO S’EN EST ALLÉ*

*CHEIKH HAMIDOU KANE : UN MAODO S’EN EST ALLÉ*

La Nation est en deuil. Le Parti socialiste aussi.
Avec la disparition de Cheikh Hamidou Kane, nous perdons un Maodo. Un homme dont la vie aura traversé presque un siècle de notre histoire, mais surtout un homme qui aura su rester fidèle à lui-même au milieu des bouleversements de cette histoire.
Il était écrivain, intellectuel, haut fonctionnaire, ministre, homme de culture et homme d’engagement. Mais l’énumération de ses fonctions ne suffit pas à dire qui il était.
Cheikh Hamidou Kane était profondément de chez nous et profondément universel.
Il avait les pieds dans son Fouta natal, dans sa foi, dans son éducation, dans nos traditions et nos valeurs. Et, dans le même temps, sa pensée voyageait bien au-delà de nos frontières. L’Aventure ambiguë a accompagné des générations d’Africains et continue d’être lue à travers le monde. Ce n’est certainement pas un hasard. Toute sa vie, Cheikh Hamidou Kane aura cherché à répondre à cette question qui nous poursuit encore : comment aller vers le monde sans nous perdre nous-mêmes ?
Il était un pont.
Un pont entre l’école coranique et l’école occidentale. Entre notre héritage et la modernité. Entre l’intellectuel et le serviteur de l’État. Entre la politique et la société civile. Entre le Sénégal et le monde.
Et peut-être aussi, d’une certaine manière, entre Senghor et Mamadou Dia.
Il avait servi avec Dia. Il avait connu avec lui les premières années de construction de notre État et cette volonté de penser le développement du Sénégal à partir de nous-mêmes. La crise de 1962 l’avait profondément marqué. Elle ne l’empêcha pourtant pas, des années plus tard, de revenir servir son pays et d’assumer de nouvelles responsabilités sous Senghor.
Cela dit beaucoup de l’homme.
On pouvait avoir des convictions, des blessures et des désaccords sans cesser de servir le Sénégal.
Pour nous socialistes, sa disparition touche également à notre propre histoire. Cheikh Hamidou Kane avait milité dans notre famille politique. Jusqu’à ses dernières années, il en demeurait une conscience respectée et le président honoraire du Conseil consultatif des sages de notre Parti.
Nous perdons donc plus qu’un ancien responsable. Nous perdons une mémoire.
*Un homme d’État avant le titre*
Il y a une chose sur laquelle je voudrais insister.
On devient ministre par décret. On devient député ou maire par l’élection. On peut être nommé à de très hautes fonctions.
Mais aucun décret ne fait automatiquement de vous un homme d’État.
Ce statut-là se construit autrement.
Il se révèle dans un parcours, dans la manière de servir, dans le rapport que l’on entretient avec les institutions, avec le pouvoir, avec l’argent, avec le bien public. Il se mesure aussi à la façon dont on se comporte lorsque les circonstances deviennent difficiles, lorsque l’intérêt personnel et l’intérêt général ne vont plus dans la même direction.
L’éducation familiale compte. L’école compte. Les valeurs reçues comptent. Mais vient toujours le moment où la vie vous oblige à montrer ce que vous en avez fait.
Cheikh Hamidou Kane avait passé ces épreuves.
Il était un homme de l’État parce qu’il l’avait servi. Mais il était surtout un homme d’État parce qu’il ne s’était jamais laissé enfermer dans les fonctions qu’il occupait.
Il avait cette liberté particulière de l’intellectuel : celle de servir sans renoncer à penser, de participer sans perdre sa vigilance, de rester loyal sans devenir courtisan.
Cette distinction me paraît importante aujourd’hui.
*La République lui avait rendu hommage de son vivant*
Il est des hommes que leur pays redécouvre malheureusement après leur mort. Cheikh Hamidou Kane aura connu autre chose.
De son vivant, la République lui a rendu un hommage rare : elle a donné son nom à une université publique.
L’Université numérique Cheikh Hamidou Kane restera là, avec des milliers de jeunes Sénégalaises et Sénégalais qui y étudieront, longtemps après ce dimanche de tristesse.
Je trouve cela juste.
Parce que donner le nom de Cheikh Hamidou Kane à une université, ce n’était pas seulement honorer un grand écrivain. C’était rappeler à notre jeunesse qu’on peut être enraciné et ouvert au monde ; croyant et intellectuel ; attaché à sa culture et curieux de celle des autres ; serviteur de l’État et homme libre.
Il n’y avait chez lui aucune contradiction entre ces différentes appartenances.
Il en avait fait une cohérence.
Aujourd’hui, l’être humain nous quitte. Le musulman aussi. Le digne fils du Fouta retourne à son Créateur.
Mais Cheikh Hamidou Kane ne disparaîtra pas avec l’homme.
Il restera dans ses livres. Il restera dans notre histoire administrative et politique. Il restera dans la mémoire du Parti socialiste. Il restera dans cette université qui porte son nom. Et il restera surtout dans les générations qui continueront de se poser, après lui, les questions qu’il avait eu le courage de poser avant beaucoup d’autres.
À sa famille, à ses proches, à ses compagnons, au Fouta, à la communauté universitaire et culturelle, à la famille socialiste et à toute la Nation sénégalaise, j’adresse mes condoléances les plus émues.
Que le Tout-Puissant, dans Son infinie miséricorde, l’accueille auprès de Lui.
*Reposez en paix, Maodo.*

*Abdoulaye WILANE*
*Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal*

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