Le communiqué du 6 novembre du Fonds monétaire international (FMI) sur le Sénégal a la politesse d’une caresse diplomatique : mesuré, feutré, mais profondément inquiet.
Derrière les félicitations, c’est une mise en garde déguisée.
Le FMI écrit que “l’économie demeure résiliente”, mais cette résilience repose presque exclusivement sur le pétrole et le gaz. La croissance de 7,9 % cache une autre réalité : le secteur non-hydrocarbures n’avance que de 3,4 %. Autrement dit, le pétrole gonfle les chiffres, mais pas le pouvoir d’achat des Sénégalais.
Quant à la fameuse “dette cachée”, le FMI n’a jamais parlé de fraude. Il parle de misreporting – un problème de présentation et de cohérence des chiffres. Rien à voir avec la fable politique d’une “découverte” héroïque.
Le chiffre de 132 % du PIB découle d’un simple reclassement statistique, intégrant désormais les dettes du parapublic. Mais pendant que le gouvernement s’en glorifie, le FMI rappelle calmement que “le rendement fiscal très élevé attendu des nouvelles mesures constitue un risque significatif.”
En clair : trop de taxes, trop vite, risquent d’étouffer la relance.
Et pendant que le pouvoir célèbre une victoire imaginaire, aucun programme n’a été approuvé. La phrase clé du communiqué le dit sans détour :
“Cette mission ne donnera pas lieu à une réunion du Conseil.”
Autrement dit : aucun accord, aucun financement, aucune validation.
Le FMI félicite par politesse, pas par conviction.
Le Sénégal s’enlise dans des discussions sans issue, pendant que le calendrier économique s’assombrit.
Le FMI n’a pas besoin de punir : il suffit qu’il attende.
Et dans le monde feutré des institutions financières, le silence n’est pas une sanction – c’est une manière de te faire languir jusqu’à ce que tu t’épuises toi-même.
Thierno Diop
Journaliste Sentv

