Friday, December 2, 2022
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Entretien exclusif- Retrait des enfants de la rue: «Chaque mois, nous procédons au moins à deux retours au pays»

Autant que le président de la République, Macky Sall, la présence des enfants dans la rue préoccupe le Directeur général des droits de la protection de l’enfant et des groupes vulnérables. En croisade contre ce fléau, Niokhobaye Diouf, le directeur général de la Direction générale des droits de l’enfant et des couches vulnérables liste les stratégies et programmes élaborés et en cours d’exécution de 2013 à nos jours, en vue de retirer les enfants dans la rue et leur réinsertion sociale. Entretien!

Que vous inspire l’appel du président de la République, Macky Sall qui a demandé le retrait des enfants de la rue ?

Niokhobaye : Aujourd’hui, cet appel du président de la République relève d’une volonté politique pour garantir le droit de tous les enfants. Notre mission au niveau de la direction a toujours été de promouvoir les droits de l’enfant à travers des programmes et projets à vocation économique entre autres. Cependant, nous avons également mis en œuvre plusieurs programmes dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des enfants au sein des institutions mais également à travers ce qu’on appelle aujourd’hui la mise en œuvre de la stratégie nationale de la protection de l’enfant. Nous avons réussi à mettre en place un cadre légal, juridique, institutionnel extrêmement protecteur contre toutes les formes d’avis, d’exploitation et de violences que connaissent ces enfants.

Quand est ce que cette stratégie nationale a été adoptée ?

Elle a été adoptée politiquement à l’issue d’un Conseil interministériel tenu le 27 décembre 2013 qui était présidé par le Premier ministre. Cette stratégie qui répondait aux standards minimums de prise en charge des enfants, a été adoptée avec son plan d’action qui au début tournait autour de 8 milliards de francs CFA. D’abord, elle vise à mettre en place un système intégré de protection dans son premier objectif. Ensuite, elle œuvre pour un changement social de comportement. La mise en œuvre de ces deux paramètres repose sur des piliers que sont la prévention, la prise en charge et la promotion des droits de l’enfant.

Cette stratégie nationale a réussi à mettre en place un cadre avec un mécanisme de coordination qui est piloté par un comité intersectoriel national de protection de l’enfant, présidé par le Premier ministre. Ce comité s’appuie sur un secrétariat exécutif national de protection de l’enfant. Ces structures sont complétées par des commissions techniques qui sont le reflet de ces piliers. En plus des piliers communication et partenariat, elle comporte aussi le cadre légal, institutionnel et de coordination. Il y a également l’offre de services qui est un paramètre à part.
Nous avons aussi le volet renforcement de capacité des structures et des services. Il prend en même temps en compte les besoins des structures d’accueil, de prise en charge des enfants et les offres de services que ces structures apportent aux enfants ayant droit. Donc, cette stratégie a réussi à mettre en place un mécanisme de coordination intégrée qui a permis de renforcer et d’harmoniser ce cadre légal à travers l’élaboration d’un projet de code de l’enfant qui vise à harmoniser notre droit positif par rapport à la législation internationale.

Cette stratégie nationale couvre-t-elle l’étendue du territoire national ?

Dans ce mécanisme de coordination, nous avons réussi à installer des bras opérationnels de mise en œuvre de la politique nationale de l’enfant à travers la mise en place des comités départementaux de la protection de l’enfant qui sont présidés par les préfets départementaux. Sur les 45 départements du Sénégal, nous avons pu installer 34 comités départementaux et il reste 11 comités à installer.

Ces cadres sont des niveaux de planifications, d’interventions et de mise en œuvre des politiques de protection des enfants. Ils regroupent aussi bien les acteurs étatiques (services déconcentrés) que non étatiques (société civiles, les partenaires techniques et financiers, les associations de maîtres coraniques, des parents d’élèves entre autres).

Ce cadre a-t-il pu réunir l’ensemble des acteurs ?

Pour la première fois, ces cadres ont pu réunir plusieurs acteurs qui, auparavant, travaillaient de manière verticale. Aujourd’hui, ils travaillent de manière transversale parce qu’ils se référent. Ces cadres ont permis aussi la mise en œuvre, le déroulement des schémas intégrés de la prise en charge des enfants. Je parlais des standards minimums que nous avions adoptés avec la stratégie nationale. Ce sont eux qui ont été déclinés en schémas intégrés parce qu’ils constituent des étapes des procédures de prise en charge des enfants. C’est-à-dire, dans toute intervention, la norme voudrait que depuis l’identification jusqu’à la réinsertion familiale ou institutionnelle, tout soit coordonné. C’est pour qu’il ait beaucoup plus d’harmonie dans l’intervention.

Est-ce que vous avez périodiquement les infos de ce qui se fait à la base ?

Il y a juste un mois, nous avions fait une revue avec l’ensemble des préfets départementaux. C’est-à-dire, tous les trois mois, nous faisons d’abord une revue des acteurs des secteurs de la protection des enfants au niveau national avec les différents partenaires. Chacun amène, capitalise ce qu’il a réalisé comme action mais, au-delà de cette action, nous faisons des revues périodiques avec les préfets des départements tous les six mois. Celles-ci constituent des évaluations à mi-parcours dans l’année parce que permettant à chaque département de rendre compte de ses différentes activités et ses difficultés mais aussi partager ses expériences avec les autres. Ceci va permettre d’harmoniser et de se renforcer mutuellement leurs actions. Aujourd’hui, ces cadres sont opérationnels et institutionnalisés. Les réunions qui se tiennent régulièrement permettent l’information de circuler entre les différents départements et partenaires. Cela, non seulement pour permettre au niveau central d’avoir une base de planification, parce que quand on doit voter un budget ou élaborer des politiques, il faut des éléments de références. Ces bases de données des différents départements permettent de remonter l’information vers le sommet, de les capitaliser et d’avoir une information agrégée au niveau national.

Quel est le degré d’implication des maîtres coraniques dans ce processus ?

Les maîtres coraniques sont des acteurs comme tous les acteurs. Ils sont membres des comités départementaux de protection d’enfants. Ils sont représentés au sein des différents comités départementaux par les représentants de leurs associations. Ces comités sont des cadres de concertations où le dialogue est horizontal. Il n’est pas vertical, où auparavant le maitre coranique venait solliciter un service de l’Etat. Maintenant, ce qui se passe, c’est que cette communication permet d’échanger sur les besoins des uns et des autres en vue de prendre une décision qui doit rendre compte des préoccupations de tous les autres acteurs.

Envisagez-vous d’associer les pays de la sous-région pour atteindre les objectifs ?

Nous avons depuis 2004, pratiquement assigné dans le cadre du Plan d’action de la Cedeao un accord entre le Mali et le Sénégal pour le retour en famille des enfants victimes du trafic transfrontalier. Nous avions dans un premier temps mis en œuvre, une expérience pilote qui a été appuyée par le Service social international de Suisse, entre le Sénégal, les deux Guinées, la Gambie et le Mali.

Cette expérience a permis aux quatre directeurs de la protection de l’enfant de ces pays de se réunir et d’établir un cadre de coopération en matière de référencement sur la traite des enfants. C’est pour qu’a chaque fois qu’il y a un cas d’enfant étranger signalé, nous nous référons directement à ce pays d’origine qui a les mêmes dispositifs que le Sénégal.

Aujourd’hui, nous n’avons pas de problèmes pour retrouver les parents d’un enfant retrouvé dans la rue au Sénégal. Il suffit juste de prendre contact avec le responsable de la protection de l’enfant dans le pays d’origine pour qu’il mette en œuvre tous le dispositif de référencement et de recherche et l’accueille et la prise en charge. Nous sommes appuyés par cela par Enda qui est l’Ong point focal du service social international.

Depuis la mise en œuvre de ce dispositif sous régional, avez-vous déjà rapatrié des enfants ?

A partir de l’expérience de ces quatre pays, nous avons mis en place les standards minimums que nous avons stabilisés. Ils sont aujourd’hui partagés par l’ensemble des pays de la Cedeao. Lors de notre récente visite effectuée à Genève, nous avons entendu que maintenant, c’est l’Union européenne qui voudrait reprendre ses standards pour les porter au niveau mondial. Cela veut dire que l’expérience sénégalaise, guinéenne, gambienne et malienne a vraiment porté ses fruits parce qu’elle a servi d’exemple. Cette expérience se déroule dans ce qu’on appelle le Réseau Afrique de l’Ouest (Rao). Périodiquement, nous procédons aux retours, parce que la question de la mendicité est soulevée. Tous les mois au moins, nous procédons à un retour ou deux retours vers la Gambie, en Guinée ou au Mali.

Qu’est ce qui aurait motivé ces retours au pays ?

Cela est rendu possible avec l’aide de la Brigade spéciale des mineurs qui procède à des maraudes. A chaque fois que cette brigade rencontre des enfants dans la rue, elle nous les amène au niveau du centre de Guindy et si ce sont des enfants étrangers, nous procédons au même recours, de nos homologues qui sont dans des pays concernés et dans les 15 jours qui suivent pratiquement, l’enfant retrouve sa famille. Aujourd’hui, ce que nous faisons, c’est la mise en œuvre d’un plan d’urgence de retrait des enfants dans la rue à travers l’application de la loi, mais également sur la décision du président de la République, Macky Sall, de restaurer le droits de ses enfants qui sont bafoués. Aujourd’hui, nous avons des enfants qui sont soumis à toute forme de traite et vivent dans la précarité sous les formes d’exploitations qui ne disent pas leurs noms. Cette situation constitue aujourd’hui un fléau pour notre pays qu’aucune morale et qu’aucune religion n’admet encore moins une loi.

Cette décision du président de la République, Macky Sall relative au retrait des enfants de la rue, nous a permis de mettre en place un schéma de retrait qui consiste en relation avec la brigade spéciale des mineurs du Ministère de l’Intérieur qui travaille avec un comité de coordination et de suivi des interventions de faire des descentes sur le terrain pour repérer et identifier les enfants et de les prendre pour les acheminer vers le centre Guindy. Le premier centre de référence et le point de chute de toutes les maraudes. Après cela, ces enfants pourraient être déployés soit au niveau du village d’enfants Sos ou dans d’autres centres, mais pour le moment, nous en sommes au village d’enfants Sos. Après cette première opération, les enfants sont pris en charge au niveau du centre du point de vue sanitaire, alimentaire et vestimentaire. Un appui psycho-social est aussi délivré aux enfants qui sont stabilisés à travers des prestations.

Ces enfants sont-t-ils des fois récupérés par leurs familles ?

Souvent, même les familles se présentent d’elles-mêmes, parce que sachant que leurs enfants ont été pris par la police, automatiquement elles savent que ces enfants seront acheminés vers le centre Guindy. Nous avons connu plusieurs cas d’enfants qui partent et reviennent encore. Mais, c’était avant l’action de la police. Aujourd’hui, la démarche consiste à interpeller les parents sur leurs responsabilités et leur sensibilité sur la nécessité de garder leurs enfants, de préserver leurs droits et de ne plus les livrer à la rue. Après cela, nous leur faisons une sommation avant qu’ils ne partent avec leurs enfants.

Si jamais au cours de nos maraudes, nous rencontrons le même enfant, le parent est automatiquement interpellé et déféré. En ce moment là, la loi s’applique, parce que c’est un cas de récidive, parce qu’il a eu une sommation au paravant.

Ce que nous sommes en train de faire actuellement, c’est de mettre en œuvre au-delà même de cette action d’envergure de retrait des enfants dans la rue, mettre en place des mesures d’accompagnement. Nous sommes conscients que les causes qui amènent les enfants dans la rue ne sont pas toujours le fruit de l’exploitation d’une personne véreuse qui veut vivre de la sueur des enfants, elle est aussi due à la pauvreté.

Parce que ce ne sont pas seulement des enfants mendiants que nous avons retrouvés dans la rue. Nous avons trouvé des enfants en rupture avec leurs familles, des femmes avec leurs enfants, des personnes vivant avec un handicap conduits par leurs enfants pour mendier.

Nous sommes aussi conscients que les retirant de la rue, nous avons la responsabilité de les appuyer parce que nous pensons qu’ils peuvent être exposés à d’autres dangers telle que la faim.

Igfm

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