Sunday, December 14, 2025
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Général Mgwebi: la coopération entre Monusco et FARDC est facilitée par l’accord

Cela fait six mois que la coopération a repris entre l’armée congolaise et la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monusco), après plus d’un an de suspension. La demande du remplacement de deux généraux accusés d’avoir commis des violations des droits de l’homme avait mis le feu aux poudres.

En janvier dernier, Congolais et Onusiens ont trouvé un terrain d’entente. Un accord confidentiel qui met la force onusienne au service de l’armée congolaise dans des opérations dites « coordonnées ». Mais les deux généraux incriminés, eux, sont restés en poste. Cette coopération a repris notamment contre les ADF, la rébellion qui sévit dans le territoire de Beni, mais aussi plus récemment sur les FDLR, les rebelles hutus rwandais. Notre invité est le nouveau commandant de la force onusienne, le général sud-africain Derrick Mgwebi, qui a pris ses fonctions en février dernier.

RFI : L’accord de reprise de coopération a été signé il y a six mois. Quelle évaluation en faites-vous ?

Général Derrick Mgwebi : Le plus important avec cet accord technique, c’est que pendant l’année de suspension, c’était difficile pour la Monusco de remplir son mandat. La signature de cet accord nous a permis de nous parler, de parler des enjeux et de définir une approche commune. Pour nous, c’est plutôt un mécanisme de facilitation. En tant que Monusco, nous avons un mandat qui est au-dessus de cet accord technique. Mais pour l’appliquer, nous pensons que nous devons le faire en collaboration avec les FARDC. Cet accord se termine. Nous sommes en train de faire l’évaluation et nous estimons qu’il faudrait le renouveler pour un peu plus que six mois. Plutôt un an.

Cet accord a été critiqué sur la partie confidentialité, sur les conditionnalités, sur la communication aussi puisque ce sont les FARDC qui sont en charge de la communication, ce qui laisse moins de marge de manœuvre à la Monusco pour parler. Est-ce que ces aspects vous ont gêné au cours des six derniers mois ?

Pour ce qui est de la communication, nous avons permis aux FARDC de le faire. Mais nous avons notre propre communication et parfois nous faisons des communications conjointes. Pour ce qui est des conditionnalités, le plus important pour nous, c’est de travailler étroitement avec les FARDC et de les soutenir.

Mais qu’en est-il de la politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme, est-ce que vous en parlez ?

Bien sûr, nous en parlons. Quand nous devons soutenir un bataillon FARDC, nous parlons du commandement, des troupes, nous vérifions avec notre propre base de données et s’il y a un problème, nous en parlons.

La population au Nord-Kivu s’inquiète ou se plaint que les opérations concernent toujours les mêmes groupes armés, mais qu’il n’y a pas d’opérations spécifiques qui visent les groupes accusés d’être proches de certains commandants FARDC. Concrètement, est-il envisageable que le NDC-Rénové de Guidon fasse l’objet d’une opération de la Monusco ?

La seule position que nous connaissons chez les FARDC, c’est que personne d’autre que le gouvernement n’a le droit de porter des armes et que ceux qui le font seront attaqués. Pour nous, c’est notre raison d’être ici, d’attaquer tous ces groupes. Je suis sûr que vous êtes informés qu’à Buleusa, alors que nous étions en train d’essayer d’assister la population, nous avons été attaqués par un de ces groupes mai-mai et nous avons riposté. Et c’est la direction que nous allons prendre.

Avant même la reprise officielle de la coopération, les opérations conjointes avaient repris contre un groupe qui sévit en Ituri, les FRPI. Un an plus tard, c’est le groupe qui selon les Nations unies commet le plus de violation de droits de l’homme. Comment l’expliquer après un an d’opérations ?

Quand on planifie des opérations contre eux, qu’on les localise, le jour où on les attaque, on découvre qu’ils ne sont plus là. Ca prouve qu’ils sont au courant, qu’ils sont avertis. Ce qu’on se dit, c’est que comme on y va par route à travers des villages, les villageois doivent les avertir. Nous sommes en train de voir comment mieux gérer ce problème.

Pourquoi est-ce que c’est si difficile là aussi d’attraper les chefs des FDLR ? Alors qu’on sait que si le général Mudacumura était arrêté, ce serait le début de la fin pour ce groupe armé.

C’est notre cible principale. Le problème, c’est de savoir où il est au moment voulu. Nous le cherchons lui et certains autres leaders. Mais nous ne savons pas exactement où ils se trouvent, nous connaissons le secteur, mais pas l’endroit précis et c’est ce sur quoi nous travaillons. Parce que c’est notre manière de voir les choses, de s’occuper des cerveaux, si on arrive à les trouver et à les mettre hors d’état de nuire, la moitié du problème sera déjà résolue.

Comment expliquez-vous que les casques bleus soient incapables d’intervenir lors de massacres ? Ils sont intervenus une fois en deux ans…

C’est difficile de parler de l’époque où je n’étais pas là. Depuis que je suis arrivé en février, nous avons revu les déploiements de la brigade d’intervention rapide de la Monusco, la FIB, donné la responsabilité de certaines zones à certains bataillons. Et on a commencé à opérer dans le triangle de la mort, donc on commençait à faire quelque chose.

Dans les villages où il y a des massacres, il y a une présence de la Monusco et même de la FIB. Le dernier exemple, c’est le massacre de Tenambo, la base de la Monusco était à 3,5 kilomètres. Pourquoi ne sont-ils pas sortis ?

Dans la région de Beni, le déploiement est conjoint avec les FARDC… Dans la localité dont vous parlez, Tenambo, il y a eu des contacts quand l’incident a éclaté et la réponse des FARDC, c’était que la situation était sous contrôle. C’était ce qu’on avait présumé.

Mais ça fait deux ans… Est-ce que malgré tout, sans attendre l’autorisation des FARDC, il ne faudrait pas que les casques bleus sortent pour se rendre compte par eux-mêmes ?

Dans les zones où nous sommes déployés seuls, nous sortons seuls. Mais quand le déploiement est conjoint, pour éviter toute confusion, car les ADF et les FARDC ont le même uniforme, on est obligé de se coordonner pour ne pas se tirer dessus.

Même le commandement FARDC a reconnu qu’il y avait eu une faute de certaines unités qui n’avaient pas – a minima- empêché les tueurs de repartir. Cette situation, ça arrive souvent… Ou en tout cas, ça arrivait souvent à une certaine époque.

Nous avons vu des faiblesses dans certaines zones, là-dessus, vous avez raison. Nous avons décidé de mettre des officiers de liaison de part et d’autres. Quelqu’un de la Monusco chez les FARDC et réciproquement. Et nous avons dit à nos commandants : “n’utilisez pas nécessairement la radio pour parler”. Ils doivent y aller et vérifier par eux-mêmes. C’est l’approche que nous avons commencé à essayer de mettre en place.

La population dans la périphérie de Beni appelle la Monusco et les FARDC à attaquer une base qui ne serait pas dans la zone opérationnelle aujourd’hui, une base appelée Mwalika. Sur la route de ravitaillement, au moins 230 personnes auraient été tuées en deux ans, selon les chefs traditionnels. Comment expliquer que cette base n’ait pas été attaquée ces deux dernières années ? Est-ce que cela fait partie de vos projets ?

Quand j’étais à Beni, cette question a été soulevée. On a regardé et effectivement, il semblerait qu’il y ait une base. Mais aussi des populations civiles avec des activités champêtres. Quand ce sera confirmé, on fera quelque chose.

rfi

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