Friday, January 16, 2026
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AccueilACCUEILLes moissonneuses de la honte : Un scandale agricole à chenilles

Les moissonneuses de la honte : Un scandale agricole à chenilles

Saint-Louis, Sénégal – Ce qui devait être un motif de fierté nationale vire peu à peu au scandale d’État. Derrière la mise en scène officielle d’une modernisation agricole impulsée par les nouvelles autorités, se cache une réalité bien plus trouble, marquée par des pratiques contestées, une réquisition controversée et des questions troublantes sur la continuité de l’État et la préférence nationale.

Une vitrine brillante pour un décor fissuré

C’est en grande pompe que le ministre de l’Agriculture, M. Mabouba Diagne, a présenté devant les caméras un convoi de 21 moissonneuses-batteuses à chenilles, destinées à la région de Saint-Louis. Selon ses dires, cette acquisition symbolise la volonté du gouvernement de rompre avec l’agriculture archaïque et de répondre aux attentes du monde rural. Quinze de ces engins seraient affectés au département de Dagana, les six autres à celui de Podor. Un discours triomphaliste qui vante les résultats d’un supposé partenariat interministériel efficace.
Mais à y regarder de plus près, cette mise en scène cache mal une zone d’ombre : ces moissonneuses n’auraient pas été livrées dans le cadre d’un marché régulier, mais auraient été réquisitionnées unilatéralement auprès d’une entreprise sénégalaise, Intermaq, sans le moindre cadre contractuel valide au moment de l’opération.

D’un contrat clair à un conflit trouble

Intermaq 2012 SL avait initialement signé un contrat pour l’acquisition, la fourniture d’équipements agricoles et la construction de 120 entrepôts, dont 20 de type réfrigéré. D’ailleurs, une cérémonie de lancement présidée par l’ancien président de la République, Macky Sall et son ministre de l’Agriculture, Aly Ngouille Ndiaye, avait eu lieu au Grand Théâtre de Dakar, en Avril 2023. Au cours de l’exécution du projet, les autorités du ministère de l’Agriculture s’étaient rendu compte de la nécessité de réajuster la commande initiale objet du marché T0520/22. C’est ainsi que, entre autres modifications, le nombre de moissonneuses est passé de 10 à 120 unités. Ce nombre, jugé insuffisant par le ministère de l’Agriculture de l’époque, avait été revu à la hausse : une commande de 120 machines fut alors projetée, entérinée par une lettre officielle en date du 20 mars 2023. Intermaq engagea les investissements nécessaires et importa les équipements.

Mais l’alternance politique survenue entre-temps changea la donne. Le nouveau gouvernement, malgré les relances répétées d’Intermaq, n’a jamais signé l’avenant indispensable pour régulariser la commande additionnelle, initié par l’ancien ministre de l’Agriculture. D’ailleurs, d’après les personnes au courant du dossier, l’avenant figure dans tous les rapports de passation de service entre les différents ministres qui se sont succédé à la tête du MASAE. Pis, le contrat initial est arrivé à expiration en juillet 2025, sans qu’aucun nouveau cadre juridique n’ait été établi.
A plusieurs reprises, Intermaq a insisté sur le fait que cet avenant est indispensable pour sécuriser juridiquement la continuité du projet, en particulier concernant l’importation et la fourniture des équipements agricoles, ainsi que la construction des entrepôts et des chambres froides, dont la cérémonie de pose de la première pierre s’est tenue le 12 mai 2025 en présence de plusieurs parties prenantes à Darou Khabane.

Malgré les alertes répétées, aucune suite administrative n’a été donnée jusqu’à présent, plaçant ainsi l’exécution du marché dans une zone d’incertitude juridique incompatible avec les engagements contractuels. Cette situation a considérablement impacté la trésorerie de la société INTERMAQ, le montant des frais de magasinage et surestaries supportés depuis le début du projet avoisine le milliard de FCFA, malgré tout, l’entreprise sénégalaise n’a jamais cessé de s’acquitter convenablement de ses obligations contractuelles, en témoigne le service après-vente et la formation des agriculteurs qui se poursuivent. Mieux, au-delà de cet aspect purement contractuel, INTERMAQ a toujours fourni une assistance financière au ministère de l’Agriculture, à sa demande, notamment en supportant toutes les dépenses (frais hébergement, carburant, perdiem) relatives aux missions effectuées par ses agents
C’est dans ce contexte que le ministère de l’Agriculture aurait procédé à la réquisition de 20 moissonneuses, contre la volonté du fournisseur et sans aucun accord contractuel. Pourtant, lors des échanges avec le Ministre, Dr. Mabouba Diagne, les dirigeants de INTERMAQ avaient juste exigé une lettre d’engagement régularisant les moissonneuses à livrer en urgence au profit des agriculteurs, dans le cadre de l’avenant en cours de renégociation.

Une affaire de plus pour un homme d’affaires ciblé ?

Le fondateur d’Intermaq, M. Seydou Kane, est également à la tête de Aee Power Sénégal, entreprise autrefois écartée d’un marché d’électrification rurale pour cause de «surfacturation» accusation restée, à ce jour, sans preuve formelle. Que le même entrepreneur soit à nouveau impliqué dans un contentieux avec l’État pose une question lourde de sens : s’agit-il d’un simple concours de circonstances ou d’un acharnement ciblé ?

En effet, depuis décembre 2024, les comptes bancaires de la société sont bloqués, l’administration fiscale y ayant prélevé presque 200 millions, pire, à ce jour, le projet étant exonéré de toutes taxes, l’administrations fiscale refuse de viser, en exonération de la TVA, les factures des fournisseurs et prestataires sénégalais qui travaillent pour le compte INTERMAQ. Le comble est que la seule réponse servie aux conseils de la société sénégalaise est : «nous avons reçu des instructions venant d’en haut.»

Cette situation alimente un débat plus large sur le respect des engagements de l’État, la continuité administrative et la neutralité du climat des affaires. Car dans une démocratie saine, traiter avec l’État ne devrait pas être conditionné par des considérations politiques, encore moins donner lieu à des représailles lorsque les gouvernements changent.
Une affaire emblématique du double discours

Le cas des «moissonneuses de la honte» symbolise un décalage criant entre les discours officiels et les pratiques réelles. La priorité affichée à l’agriculture ne devrait pas se faire au mépris du droit des entreprises ni en contradiction avec les principes de transparence et de bonne gouvernance. Ce manquement entache l’image du gouvernement et alimente la méfiance des investisseurs locaux et étrangers.
Si cette affaire venait à être portée devant les tribunaux ou médiatisée davantage, elle pourrait devenir emblématique d’un dysfonctionnement systémique, où les slogans politiques se heurtent à la réalité opaque des pratiques administratives.

Cellule de cmmunication Intermaq

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