Leur notoriété s’est construite au cours des dernières années à coup de clips relayés par les réseaux sociaux : Shyn, sa compagne Denise, Big MJ ou encore Dalvis font partie des artistes qui comptent aujourd’hui à Madagascar, avec une musique ancrée dans leur époque, mais qui fait le lien avec celle de leurs prédécesseurs.
Avec une force similaire à celle qui lui a permis de se répandre progressivement sur le continent africain, la vague afropop a atteint depuis quelques années les côtes malgaches. En apparence, un mouvement de surface, qu’il serait presque tentant de minimiser. En réalité, une lame de fond qui emporte tout sur son passage. Pour les mêmes raisons qui prévalent de l’autre côté du canal du Mozambique, le paysage musical s’est transformé sur la Grande Île de l’océan Indien. Tout a changé : de la production des chansons à la conduite d’une carrière, en passant par la diffusion, la relation avec le public…
Celui qui symbolise le mieux cette nouvelle ère est sans conteste Shyn, qui a obtenu en 2017 le trophée “révélation de l’année” lors des All Africa Music Awards (Afrima) organisés à Lagos. Ce trentenaire, fils d’un musicien de la fanfare militaire, ne joue pas d’instrument, mais compose à base de programmations. Quatre années durant, entre midi et deux heures, le jeune homme a appris à “manipuler l’informatique et faire des instrumentaux” dans un studio de Tamatave, la grande ville portuaire de la côte est où il vit depuis qu’il a 13 ans, bénéficiant des bonnes grâces du propriétaire des lieux.
S’il est passé par le hip hop et le r’n’b, à l’époque de son titre Mahatsara Zaho avec lequel il est sorti de l’anonymat en 2007, c’est une décennie plus tard qu’il trouve la formule, après un passage par Paris (et une collaboration sur trois titres de l’album 1000 % de Doc Gyneco). Resim Pitia se positionne sur un créneau afro-urbain inspiré par ce qui se fait notamment au Nigeria, mais surtout son auteur comprend le rôle que peuvent jouer les réseaux sociaux. Y compris dans un des pays les plus pauvres comme Madagascar. Avec l’envie de renverser la table.
Il travaille la communication, poste et reposte sur ses comptes, cherche à multiplier son nombre de followers avec toutes sortes d’idées en vogue. Le baromètre de la popularité s’exprime avec ces nouvelles unités de mesure : like, vues, partages… “Avant, pour que notre musique passe à la radio et à la télé chez nous, il fallait payer. Je n’avais pas les moyens, donc j’étais bloqué. Maintenant, on peut la faire connaître dans le monde entier”, résume Shyn, qui espère bientôt travailler avec le rappeur français Orelsan et l’ex-Fugees Wyclef Jean, avec lesquels il a noué des contacts.
L’artiste entreprenant est aussi devenu avec son label Makua un patron très sollicité par ceux qui voudraient bénéficier de son soutien et de sa visibilité. “On reçoit des demandes tous les jours”, assure-t-il. Pour l’instant, il préfère se concentrer sur les carrières de Boy Black – dont les vidéos comptabilisent déjà plusieurs millions de vues – Shadow, Kaysha, Joyce Mena et bien sûr Denise, avec qui il forme à la ville et en scène un couple aussi artistique que médiatique.
De Deenyz à Denise
Celle qu’il s’amuse à décrire comme sa “meilleure élève” et qui, adolescente, a fait son premier titre solo avec lui vers 2004 a remporté dix ans plus tard la compétition télévisée Island Africa Talent. L’émission réunissait en Côte d’Ivoire durant huit semaines des candidats de tout le continent, avec un jury composé de la chanteuse Barbara Kanam, du rappeur Didier Awadi et du producteur David Monsoh. Deenyz, son nom d’artiste alors, avait marqué les esprits d’entrée de jeu avec une reprise lumineuse d’un titre de son compatriote D’Gary, loin d’être une star dans son pays, mais reconnu sur le plan international. “On m’avait proposé les chansons de certains artistes, mais ce n’était pas du tout ce que je représentais”, explique la jeune femme, qui cite volontiers les Sud-Africaines Miriam Makeba et Brenda Fassie parmi ses influences.



