Levée du blocus de la Transgambienne: Toujours le statu quo

Après un peu plus de trois (03) mois de blocus, la Transgambienne reprend du service, mais pas comme avant. Le constat est le même partout où le reporter de Igfm s’est rendu. Commerçants, chauffeurs gambiens et sénégalais notent une timide reprise des activités. Si certains espèrent des lendemains meilleurs, d’autres par contre ne savent plus où donner de la tête. La responsabilité des deux Etats serait engagée dans le blocus de la Transgambienne. Un axe qui perd de plus en plus son lustre d’antan. Reportage !

Il est 15 heures, ce mercredi 29 juin 2016. Nous sommes à Sénoba, première ville gambienne à la frontière avec le Sénégal. Au bord du fleuve, des vendeurs, des passagers et d’autres personnes, en groupe de trois (03) au moins discutent et s’adonnent au marchandage. Certains regardent fixé sur le fleuve attendent avec impatience l’arrivée du bateau, communément appelé Ferry. Des minutes se suivent, sous un ciel de plomb, les colporteurs tentent de vendre plus de marchandises aux rares clients. Même s’il se dit préoccuper de vendre que de s’entretenir avec la presse, sous le couvert de l’anonymat, le vendeur de chemises, pantalons et autres, n’a pas manqué de noter son indignation. A l’en croire, «avant le blocus, j’avais une installation où les clients venaient acheter et partir, mais depuis la levée du blocus, comme j’ai fait une semaine sans vendre comme cela se passait avant, j’ai décidé de porter sur les épaules, une partie de ma marchandise pour aller l’écouler dans le bateau. Et même ça, ce n’est pas la satisfaction. Espérons quand même qu’il y aura un changement dans les jours à venir».

Teint noir, debout sur un peu mètre de 1m 90, le jeune homme ne partage pas l’avis de ceux qui soutiennent que la levée du blocus a aussi coïncidé avec le mois de ramadan. Il n’a jamais eu de conséquences sur le commerce au niveau du fleuve. Au contraire, renseigne-t-il : «pendant ce mois béni de ramadan, nos chiffres d’affaires ont augmenté. Par exemple, avant le blocus, à l’heure de la coupure du jeûne, les vendeurs sont envahis par des acheteurs. Le jour aussi, ceux qui ne jeûnent pas passent leur temps à acheter soit à boire, à manger. Le commerce marchait sans arrêt ce qui n’est pas le cas, peut-être que nous sommes pressés mais prions Dieu pour que les choses reprennent normalement».

Après l’annonce de la levée du blocus, ce fut, un grand ouf de soulagement pour Ousmanne Diallo. «Je me suis dit qu’enfin, l’espoir est renaît parce qu’au moment du blocus, je m’étais presque retrouvé dans les rangs des chômeurs. J’avais dit du mal à subvenir à mes besoins familiaux. Le commerce qui est ma seule activité, au moment du blocus, ça ne marchait pas comme avant, et du coup les difficultés se ont signalées. Mais, le jour que j’ai entendu dire à la radio que le blocus est levé, c’était un grand plaisir pour moi parce qu’enfin c’était la renaissance. Malheureusement, ce n’est qu’encore, le statu quo, le commerce est au ralenti, a confié », le natif de Kaolack : «Je suis revenu ici, il y a de cela deux (02) semaines. J’ai commandé de la marchandise espérant l’écouler au moins dans une semaine comme cela se passait avant mais jusqu’au moment où je vous parle seul le 1/3 est vendu. C’est dire que les clients sont encore rares. Pour nous commerçants, nous ne sentons pas l’effet positif de la levée du blocus».

Abondant dans le même sens, Ansoumana Badji se «demande vraiment si les sénégalais n’ont pas décidé d’abandonner la Gambie. Ils ne veulent plus passer par notre pays. Ils seraient fâchés contre nous. Mais ce n’est pas la faute des citoyens mais de notre président Jammeh. Il faut oser le dire, toute la peine que nous rencontrons aujourd’hui est causée par sa personne. Un président doit pouvoir négocier, discuter avec les pays frères en vue de trouver ensemble des solutions aux problèmes auxquels ils sont tous confrontés. Malheureusement, cela n’a jamais été le cas pour lui et nous peuple subissons les conséquences».

Depuis la levée du blocus de la Transgambienne, le vieux Amadou qui peine à joindre les deux bouts, envisageait de changer d’activité. «Je suis en train de voir si vraiment je ne vais pas arrêter de vendre ici, parce que tout simplement, ça ne marche pas du tout. Un père de famille qui a sur son dos d’énormes charges, ne peut pas rester presque une journée entière sans avoir au moins 5.000 francs Cfa dans ses poches à apporter pour à sa famille», a-t-il confié non sans se désole du retard de la reprise à la normale des activités commerciales. «Moi, personnellement, je ne pense pas que la situation va revenir à la normale. Il y a certes levée du blocus, mais les choses ne seraient pas comme avant. Le business ne marchera plus ici. Nous devons réfléchir à aller exercer le commerce ailleurs ou s’adonner à d’autres d’activités», a-t-il conseillé.

Du côté des chauffeurs gambiens c’est la joie. Du moins, si l’on croit à un d’entre eux : «ça marche bien pour moi. En tant que chauffeur de taxi et gambien, nous exerçons tranquillement notre métier sans problèmes. Avant, c’était compliqué avec les sénégalais. On avait du mal à se distinguer des sénégalais parce que certains parlaient l’anglais gambien et même la langue Manding, bref ils étaient comme des gambiens finis. Mais depuis la levée du blocus, et comme ça ne marchent pas pour eux, parce qu’ils veulent avoir des poches remplies comme pas possible à la descente, ils ont préféré retourner chez eux à Keur Ayib». Une situation qui, selon lui, «a permis aux chauffeurs gambiens de se retrouver et au moment où je vous parle nous voudrions monter une association ou groupe d’intérêt économique (Gie). Ce qui va nous permettre même avec la levée du blocus de travailler ensemble et surtout de réglementer notre secteur, selon les textes et règlements de la constitution gambienne. Cela va obliger les chauffeurs sénégalais à se conformer à la loi gambienne aux risques de subir les conséquences. C’est ce qui est normal, parce qu’il y a trop de laisse aller dans notre pays».

Un autre, prend le contre pied de ceux qui pensent que la Gambie dépend du Sénégal. Les sénégalais, martèle-t-il : «pensaient que s’ils ne passent pas par la Gambie c’est la fin du monde. Après un peu plus de trois (03) mois, ils se sont rendus compte que les gambiens sont toujours debout. C’est ainsi qu’ils parlent tant tôt à la radio de négociations avortées ou des fois même, ils disent que le président Jammeh a envoyé des ministres à Dakar pour négocier, mais son homologue sénégalais pas prêt. C’est du n’importe quoi, la Gambie est un pays souverain qui peut vivre sans l’aide du Sénégal. La transgambienne n’est pas bénéfique que pour la Gambie, le Sénégal entier aussi en profit et même beaucoup».

D’ailleurs, se rappelle-t-il : «quand il y a eu blocus, ce ne sont pas des gambiens qui en ont souffert, j’ai vu des amis sénégalais qui ont plié bagages. Pourtant, certains ont fait au minimum 5 ans ici exerçant le commerce ou autre business par lesquels ils gagnent honnêtement leur vie. Il faut que les gens se respectent. Des sabotages n’ont pas leur place entre sénégalais et gambiens, parce que nous sommes des frères. Et quand on se dit des frères, certaines considérations doivent cesser».

Igfm