Novak Djokovic, héros en mal de reconnaissance
Le Serbe, vainqueur dimanche de son seizième titre du Grand Chelem à Wimbledon face à Roger Federer, fait tout pour gagner l’estime d’un public qui n’a d’yeux que pour le Suisse et Nadal.
Un ultime coup droit boisé catapulté dans les airs par Roger Federer délivra les 15 000 spectateurs du Centre Court de Wimbledon, en apnée depuis près de cinq heures. Novak Djokovic lui-même semblait incrédule, accroupi sur le gazon, groggy. Dans une atmosphère électrique, il venait de remporter non pas un match de tennis mais un combat de boxe (7-6, 1-6, 7-6, 4-6, 13-12), au terme d’une finale à la dramaturgie inouïe.
Ironiquement, il aura fallu attendre l’ultime match en simple de la quinzaine, dimanche 14 juillet, pour avoir le droit au premier « super tie-break » de l’histoire du tournoi.
Ainsi en avaient décidé, à l’automne 2018, les vénérables membres du All England Club, si les joueurs parvenaient à 12-12 dans le cinquième set. La règle entendait mettre fin aux rencontres marathons comme celle disputée en onze heures et cinq minutes sur trois jours par Nicolas Mahut et John Isner en 2010(victoire de l’Américain 6-4, 3-6, 6-7, 7-6, 70-68).
Une parfaite opposition de styles
Drôle de finale au scénario invraisemblable où ce n’est pas celui qui se montra le plus entreprenant sur le court qui souleva le trophée… Mais le plus réaliste des deux.
Le Suisse et le Serbe proposèrent une fois de plus une parfaite opposition de styles. Federer attaquait, prenait d’assaut le filet ; Djokovic contrait, campé sur sa ligne de fond. Federer assénait des gifles avec son coup droit diabolique, Djokovic répondait avec son revers magnétique. Federer démontra une fois de plus qu’il est l’un des meilleurs serveurs du circuit (son adversaire ne se procura sa première balle de break qu’au bout de 2 h 47 dans le quatrième set…), Djokovic prouva, lui, qu’il est le relanceur ultime, quand bien même il fut un peu moins flamboyant que les jours précédents.
« Djokovic, il est partout, il ne rate rien, il joue à une vitesse dingue, en mode machine », synthétisait cette semaine le Belge David Goffin, sa victime en quarts de finale. Même si les frappes chirurgicales du robot serbe donnent rarement la chair de poule quand le Suisse déclenche encore, à bientôt 38 ans, des « ohhh » et des « ahhh » de ravissement par sa gestuelle gracieuse et sa technique presque innée.



