Ouganda: terre d’accueil des réfugiés soudanais et érythréens refoulés d’Israël?

Le Premier ministre israélien effectue une visite officielle en Ouganda lundi 3 juillet. Il vient notamment pour la commémoration du raid d’Entebbe qui a permis la libération des otages du vol d’Air France il y a 40 ans. Son frère Yonatan Netanyahu y a perdu la vie. Depuis, les relations entre les deux pays se sont réchauffées. Israël qui fait face à l’afflux d’immigrés africains a décidé de déporter dans un « Etat tiers sûr » sur la base du volontariat un certain nombre d’entre eux. Israël leur fourni un document de voyage ainsi que 3 500 dollars. Près de 10 000 personnes auraient ainsi quitté Israël pour l’Afrique… Les Soudanais majoritairement pour l’Ouganda, et les Erythréens pour le Rwanda.

Selon l’ONG International Refugee Right Initiative, entre 1500 et 2000 personnes sont arrivées en Ouganda et au Rwanda depuis 2013. Malgré les promesses, ces individus rencontrent de grosses difficultés, explique Andi Lambe, la directrice : « Avec les Erythréens au Rwanda, on fait passer clandestinement la frontière ougandaise à la plupart d’entre eux. A la fois pour les Erythréens et les Soudanais, à leur arrivée, la promesse informelle d’avoir un statut légal n’est pas respectée et la plupart d’entre eux sont même encouragés à partir rapidement ou plus ou moins à disparaître des radars. »

Dans ce bar érythréen de la capitale, on rencontre Achim (le nom a été changé pour sa sécurité). Il a quitté Israël il y a trois ans. « L’immigration d’Israël nous a dit que si nous voulions allez en Afrique, il y avait des réfugiés au Rwanda, et nous pouvions y aller. Quand je suis arrivé au Rwanda l’immigration m’a dit “si tu veux aller en Ouganda, pas de problème, on peut t’amener à la frontière. Mais tu ne peux pas rester ici”. Quand je suis arrivé à la frontière, il y avait des voleurs qui ont pris tout mon argent… »

L’Ouganda et le Rwanda nient cet arrangement avec Israël. Pourtant, le fait que ces individus sans titre de séjour officiel ait pu rentrer sur leur territoire tend à prouver le contraire, ou souligne un défaut de sécurité inquiétant. Certaines sources affirment même qu’en contrepartie de l’accueil de ces réfugiés, l’Ouganda bénéficierait de privilèges militaires (armement, formations militaires).

Opération Entebbe: un officier ougandais se souvient

L’opération Entebbe avait été saluée, en Israël, comme une grande réussite, même si un militaire israélien y avait trouvé la mort : le lieutenant-colonel Yonatan Netanyahu, le frère aîné du futur Premier ministre. Le bilan mortel du raid d’Entebbe reste élevé : Tsahal a abattu les quatre ravisseurs. Dix-sept militaires ougandais – quinze soldats et deux officiers – ont aussi été tués, selon le décompte d’Isaac Bakka, un capitaine ougandais, aujourd’hui à la retraite, qui se trouvait à l’aéroport cette nuit-là. Par ailleurs, trois otages sont tombés sous les balles israéliennes.

rfi