Saturday, November 26, 2022
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Réunion potentiellement explosive sur le Mali au Conseil de sécurité de l’ONU

Lors du renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies dans le pays, en juin dernier, les conditions d’exercice de la Minusma avaient soulevé un certain nombre d’insatisfactions, à la fois côté onusien et côté malien. Le rapport qui sera présenté aujourd’hui, mais que RFI a déjà pu consulter, est donc une forme de « bilan d’étape » capital pour la suite de la Mission dans le pays. Deuxième point : les accusations portées par les autorités maliennes de transition contre la France : depuis le mois d’août, le Mali promet de révéler des preuves sur un soutien de la France aux groupes jihadistes.

 

À ce sujet, le ministre malien des Affaires étrangères affirme disposer de « plusieurs éléments de preuve » montrant que la France arme et renseigne les groupes jihadistes au Mali. C’est ce qu’il écrivait le 15 août dernier dans une lettre adressée directement au président du Conseil de sécurité de l’ONU. Abdoulaye Diop réclame depuis deux mois une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, mais aucun des membres du Conseil n’a relayé cette demande (pas même la Russie, pourtant nouvel allié stratégique du Mali dans sa lutte antiterroriste), de sorte que cette réunion n’a jamais été organisée.

 

Preuves du soutien français aux groupes jihadistes ?

Mais l’occasion est donc enfin offerte aujourd’hui à Abdoulaye Diop de s’exprimer devant le Conseil de sécurité, puisque le chef de la diplomatie malienne sera personnellement présent. Les révélations qu’il pourra faire seront donc particulièrement scrutées. Le mois dernier, lors du discours du Premier ministre malien de transition par interim devant l’Assemblée générale des Nations unies, le colonel Abdoulaye Maïga n’avait pas épargné la France et son gouvernement civil qualifié de « junte au service de l’obscurantisme », sans pour autant profiter de cette tribune pour révéler publiquement les preuves du soutien de Paris aux groupes terroristes sahéliens.

 

 

Sur le contexte au Mali et la présence de la mission onusienne, le rapport du secrétaire général relève, en dépit des opérations militaires maliennes qui se poursuivent, un « pic d’activités » des groupes terroristes (le Jnim, lié à Aqmi et l’EIGS, branche sahélienne du groupe État islamique) et une « insécurité » qui « continue de s’étendre à l’ouest et au sud du pays ». Le retrait de la force française Barkhane, qui s’est achevé pendant l’été, a privé la Minusma du « soutien » qu’elle lui apportait. António Guterres demande donc une augmentation en « urgence » des effectifs militaires de la Minusma. D’importantes « carences persistantes » sont également déplorées en ce qui concerne les moyens aériens de la mission onusienne, qui manque notamment d’hélicoptères de combat à Gao et à Kidal.

 

Entraves aux déplacements onusiens

Sur la question des droits de l’homme, qui constituait déjà un point de vives tensions en juin dernier lors du renouvellement du mandat de la Minusma, le rapport pointe de nouvelles allégations de violations. Elles sont commises par les groupes jihadistes très principalement, mais également par l’armée malienne. Trente-deux enquêtes onusiennes sont actuellement en cours. Par ailleurs, à plus de quarante reprises, les déplacements aériens ou terrestres de la Minusma auraient encore été entravées par les autorités maliennes, notamment dans le centre et dans l’est du pays.

 

Le Mali a déjà rédigé des « observations » sur le rapport onusien, que RFI a également pu consulter. Bamako maintient que les groupes jihadistes sont « en débandade » dans le pays, que les allégations de violences portées contre l’armée malienne n’ont « aucune base réelle », et regrette l’absence de « vérification minutieuse » de la part de la Minusma. La diplomatie malienne dénonce même une « posture négative et hostile contraire à la démarche » d’aide « qui justifie sa présence au Mali ». Bamako souhaite une meilleure « coordination » de la Minusma avec les priorités stratégiques du gouvernement malien de transition, notamment dans le Centre.

 

Soldats ivoiriens

Enfin, le sort des 46 soldats ivoiriens toujours détenus à Bamako depuis le 10 juillet dernier (date de leur arrivée au Mali dans un cadre onusien, mais avec des procédures entachées d’irrégularités, et accusés depuis par les autorités maliennes de transition d’avoir tenté d’atteindre à la sécurité nationale) n’est pas censé être au cœur des échanges, mais il pourrait très bien s’y inviter. La question est abordée à la fois dans le rapport du secrétaire général, qui « demande à nouveau la libération des 46 soldats ivoiriens », et dans les réponses du ministère malien des Affaires étrangères, qui rappelle que « le dossier suit son cours judiciaire » mais que « le gouvernement reste ouvert à une solution diplomatique ».

Aucune résolution n’étant prévue à l’issue de cette réunion, elle ne sera suivie d’aucun vote, mais le contenu des échanges pourrait s’avérer déterminant pour la suite des relations entre la mission onusienne et les autorités maliennes de transition.

RFI

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