
Israel Madaye a décroché sa qualification pour les JO 2020 lors des Jeux Africains 2019 au Maroc. Ce Tchadien âgé de 31 ans raconte à RFI sa passion pour le tir à l’arc et sa fierté d’avoir décroché sa place pour Tokyo. Portrait.
Israel Madaye n’oubliera jamais le 30 août 2019 à Salé. Ce jour-là, il dispute le tournoi de tir à l’arc classique des Jeux Africains, au Maroc, la principale étape vers les Jeux olympiques 2020. Battu en demi-finale par l’Égyptien Sherif Mohamed, le Tchadien rate de très peu la qualification directe pour Tokyo. Mais il conserve alors une petite chance d’être repêché, si l’Égypte décroche son billet en finale par équipes mixtes. « Tous les Tchadiens supportaient l’Égypte, s’amuse-t-il. Lorsqu’ils ont gagné, il faut imaginer comment on a sauté de joie. On a dansé à Rabat comme si on était chez nous, au Tchad. C’était vraiment émouvant ».
Six mois plus tard, ce natif de Kim (sud-ouest du pays) est toujours sur son nuage. « Même encore maintenant, je me demande comment j’ai pu réussir ça, sourit-il. Même un Sud-Africain est venu me voir pour me dire que je l’avais épaté ».
Une récompense
Pourtant, la route vers les JO 2020 était loin d’être tracée. Aux Jeux Africains, « je n’avais pas le même matériel que les autres mais j’avais un mental d’acier », assure Israel Madaye. Surtout, ce dernier a su digérer sa non-qualification pour les Jeux de Rio. Pendant des semaines après les Championnats d’Afrique 2016, il repense à cet échec en permanence. Mais son capitaine et coéquipier de toujours, Woibogo Wodegue Torso, ne le lâche pas et lui redonne confiance. « Avant d’aller à Rabat, il m’a dit : ‘Cette année, c’est pour toi. Je sais que tu vas y arriver.’ Il a davantage fêté ma qualification que moi ! »
De retour à Ndjamena, l’archer est très chaudement félicité. Son exploit ne suscite néanmoins pas non plus une énorme curiosité de la part du grand public. Et pour cause : le tir à l’arc n’a rien d’exotique pour les Tchadiens. « Les gens ne sont pas surpris, assure Israel Madaye. La Fédération tchadienne de tir à l’arc et ses licenciés ont obtenu plusieurs succès. Pour cela, nous sommes vraiment connus. Lorsqu’on part à l’étranger pour des compétitions, on revient souvent avec des médailles ».
Un appel à l’aide
Des résultats toutefois pas toujours récompensés à leur juste valeur, à en croire l’intéressé. « Il faut […] des dons ou des aides, réclame Israel Madaye. Il faut aider les jeunes qui sont tout le temps au terrain d’entraînement alors qu’il n’y a ni arcs, ni flèches. On a besoin de l’État dans ce domaine ». Il poursuit : « Que ce soit en football, en tir à l’arc, en judo ou en taekwondo, les athlètes tchadiens s’investissent pour réussir. Nous, tout ce qu’on demande, c’est que l’État nous aide à accomplir tous nos rêves. »
Pour l’heure, Israel Madaye se préoccupe surtout de savoir comment il va aborder ces JO 2020 dans de bonnes conditions. « Les Jeux olympiques, on ne peut pas les préparer à Ndjamena puisqu’on ne dispose pas d’un centre d’entraînement, ni d’un expert pour nous aider. Donc, il faut absolument aller à l’étranger, souligne celui qui aimerait se rendre au centre d’excellence de Lausanne en Suisse. Notre fédération a programmé quelque chose. Reste à l’État à nous accorder ça. Notre Fédération fait de son mieux mais ses moyens ne suffisent pas ».
Un quotidien compliqué
Le quotidien au Tchad n’est pas simple non plus. Israel Madaye vit grâce à des petits boulots, en parallèle de ses études en électromécanique. « Dès que j’ai du temps libre, je vais au terrain pour m’entraîner ». Il fonce au Lycée Félix Éboué de Ndjaména pour se perfectionner. « Le proviseur nous a autorisés à utiliser une petite portion de terrain. On peut y mettre une, voire deux cibles. »
Israel Madaye peut compter sur le soutien régulier de la fédération internationale (World Archery), qui lui a offert un kit complet. « Pour cela, je suis vraiment reconnaissant à Monsieur Pascal Colmaire, le directeur du développement et de la formation de World Archey. Il a tout fait pour m’aider. Je lui dédie mon succès. […] J’ai du mal à contenir mon émotion en parlant de lui, mais ‘respect, respect et mille fois respect’ ».
Une passion
Aujourd’hui, Israel Madaye s’intéresse peu au fait d’être le porte-drapeau de sa délégation aux prochains Jeux d’été. Tout ce qu’il veut, c’est pouvoir continuer à savourer sa passion et à progresser. « Un jour, en 2007, j’étais en vacances à Ndjaména et j’ai vu que des gens qui s’entraînaient au tir à l’arc, se souvient-il. Je me suis approché et ça m’a immédiatement intéressé ». Après s’être essayé au football et au volley-ball, Israel Madaye tombe littéralement amoureux de cette discipline. « Lorsque j’ai tenu l’arc en main, j’ai eu une sensation difficile à décrire, rit-il. Dès que je l’ai tenu, j’ai eu envie de tirer. Je me suis vite dit pourquoi ne pas essayer de se qualifier aux Jeux olympiques ?’ Pourquoi est-ce que je vais au terrain d’entraînement chaque jour ? Parce que j’aime ce que je fais ».



