Au nom de l’orthodoxie budgétaire, les bailleurs internationaux ont récemment fait pression pour une augmentation des tarifs d’électricité subventionnés par l’Etat.(selon l’AFP) Voilà qui est claire l’émergence à un prix. La Côte d’ivoire peut se targuer d’avoir fait un bond dans son développement depuis l’arrivée du président Alassane Ouattara à la tête du pays, mais comment cette avancée se fait ?on ne saurait l’expliquer. L’un de ses projets majeur de campagne est l’électrification rurale en Côte d’ivoire. Certes, mais il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment des bourses de l’ivoirien nouveau. On peut dire que le pouvoir de Ouattara a rarement connu des violences sociales comme celles de ces derniers jours liées à l’augmentation des prix des factures de la CIE, la principale compagnie chargée de la distribution du courant en Côte d’ivoire.
Et pourtant le président l’avait annoncé publiquement dans son discours du 1er mai dernier à l’occasion de la fête des travailleurs qu’il a entendu le coup de gueule des ivoiriens, par conséquent, il appelait à un remboursement des surplus sur les factures. Il avait déclaré par la même occasion après les hausses que l’eau et l’électricité seront ouvertes à la concurrence pour essayer de baisser les couts. Rappelons que la CIE (la compagnie ivoirienne de l’électricité) est privatisée depuis 1990 et est la propriété du groupe franco-africain Eranove (actionnaire majoritaire).
Faut-il craindre ces manifestations ?
Bien évidemment, les manifestations ont commencé dans les principales villes du pays comme Yamoussoukro la capitale administrative et Daloa une ville importante aussi avant de toucher Bouaké l’ancien bastion de l’ex rébellion de Guillaume Soro aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Du point de vue géographique (centre du pays) ces manifestations sont à considérer en terme de symbole aussi oui! Et aussi faudrait craindre une répercussion en terme de quantité de fournissement de l’électricité chez le voisin, le Burkina Faso car la Cote d’ivoire est le principal pays fournisseur d’électricité à ce pays. Mais jusqu’où ces manifestations sociales peuvent emmener le pouvoir de Ouattara ? D’abord un coup sur le concept de l’émergence à l’horizon 2020 parce que l’on se dira que l’émergence ne rime pas avec le social ce qui est alors paradoxal. Ensuite plusieurs crises voire politiques sont nées dans la sous-région partant du problème d’électricité.
La grande mobilisation du mouvement de la société civile Balai citoyen le 27 avril 2014 à Ouagadougou devant le siège de la sonabel, la société qui distribue le courant au Burkina faso a été le premier test grandeur nature de ce mouvement contre le pouvoir de Blaise Compaoré qui voulait à tout prix modifier la constitution pour rester au pouvoir. Karim Wade alors ministre de l’énergie au Sénégal se souviendra des émeutes contre les coupures de l’électricité à Dakar en 2011, Conakry en 2013 également, des exemples il y en a assez. Ces types de manifestations mobilisent beaucoup plus les populations et sont très suivies. Pour le cas de la Cote d’ivoire, on parle déjà d’un mort à Bouaké et plusieurs selon des sources.
Les revendications n’ont pas encore pris une tournure politique mais le président Ouattara et son gouvernement doivent trouver des solutions le plutôt possible car il y a eu des pillages d’institutions bancaires, des édifices publiques saccagées, des armes emportées dans des commissariats. Si l’on connait bien le passé de cette ville Bouaké fief de l’ex rébellion il y a de quoi s’inquiéter quand des armes disparaissent sans traces. Il faudrait revoir très vite avec les bailleurs internationaux comment juguler cette crise sans perdre la face dans un pays où la réconciliation n’est pas encore effective, où la justice est accusée d’évoluer à double vitesse sans oublier une guerre de succession à la présidence qui ne dit pas son nom et une cherté du cout de la vie qui se généralise. Comprenez donc que tous les ingrédients sont réunis pour alimenter une crise à tout moment. Nous n’en souhaitons pas du tout!
Albert Nagreogo
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