Bombardements au Congo: Thierry Moungalla accuse Amnesty de parti pris

Ce lundi 18 avril au matin sur RFI et sur la base des témoignages qu’elle a pu recueillir à distance, Amnesty International a assuré que les frappes aériennes gouvernementales menées depuis 15 jours dans le département du Pool, au Congo-Brazzaville, dans le cadre de la traque du Pasteur Ntumi, ont touché des zones fréquentées par des civils : habitations, écoles, églises. Elles auraient fait au moins 30 morts, selon un témoin. Faux, a réagi le ministre congolais de la Communication Thierry Moungalla qui accuse l’ONG de parti pris.

« Amnesty International nous a habitués depuis quelques mois à des attaques totalement injustifiées sans avoir quelque élément technique ou scientifique sur le terrain capable de recouper leurs affirmations gratuites », dénonce Thierry Moungalla. Pour contredire les allégations de l’ONG, le ministre congolais de la Communication brandit les premières conclusions de la mission humanitaire dans le Pool menée par l’organisation Caritas, conjointement avec les autorités congolaises.

L’ONG catholique a pu se rendre entre jeudi et dimanche dernier à Nkoué, Mayama centre, Kindamba centre, mais n’a pas pu pour le moment se rendre dans des villages plus reculés, faute d’avoir obtenu suffisamment de garanties en termes de sécurité, selon le secrétaire exécutif de l’organisation.

Selon le premier bilan provisoire établi par l’ONG, la seule à avoir pu se rendre sur le terrain, les bombardements effectués ces 15 derniers jours ont fait 250 déplacés mais aucune victime civile autre que le pasteur Ntumi et ses complices en fuite. Une « ONG à caractère humanitaire totalement indépendante », réagit le ministre contacté par RFI.

ONG interdites de se rendre sur place

Pour le moment, le rapport définitif est toujours attendu, sachant que Caritas Congo n’a pu se rendre que sur quelques-uns des sites touchés par les frappes. D’autres organisations ont demandé en vain à avoir accès au Pool depuis le 4 avril, comme par exemple l’Organisation congolaise des droits de l’homme (OCDH) qui a dénoncé sur RFI un « huis clos ».

Amnesty International s’est également vu refuser son entrée sur le territoire congolais il y a quelques semaines. Une interdiction entièrement justifiée, selon le ministre congolais de la Communication : « On refuse l’entrée sur le territoire à des organisations dont l’objet n’est pas tant de faire une évaluation humanitaire impartiale, mais de chercher à charger les autorités nationales et à faire des enquêtes qui soient “totalement orientées et partiales” »

Discussions avec l’ONU

La commissaire des droits de l’homme des Nations unies a également engagé une discussion avec les autorités congolaises il y a une dizaine de jours au sujet de l’interdiction d’accès aux ONG excepté Caritas. « Il y a des opérations sécuritaires qui sont en cours, notamment concernant des fuyards qui sont lourdement armés. Il est donc difficile qu’au même moment, un certain nombre d’organisations de droits de l’homme ou humanitaires soient conviées », ajoute Thierry Moungalla, tout en précisant que « le Congo est tout à fait ouvert à ce qu’une délégation [de l’ONU] vienne à Brazzaville pour discuter avec les autorités ».

Le ministre renvoie au rapport de Caritas, en attendant un bilan « plus exhaustif quand la zone géographique pourra être explorée plus facilement et plus profondément. » Et de conclure : « Il n’y a aucune volonté du gouvernement de cacher quoi que ce soit ».

Un conseiller de Mokoko évoque « sept morts »

Un nouveau témoin assure ce mardi matin à RFI avoir vu lui-même des corps de victimes des frappes menées depuis 15 jours par les autorités congolaises dans le département du Pool. Il s’agit de Massengo Tiassé, deuxième vice-président de la commission nationale des droits de l’homme et conseiller du candidat d’opposition Jean-Marie Michel Mokoko au cours de la campagne. Il a quitté son pays, pour dit-il préserver sa sécurité.

« Quand je suis arrivé le 6 avril, j’ai vu les hélicoptères qui ont tiré […], et là j’ai vu sept morts, assure-t-il. Personne ne me l’a dit, j’ai vu moi-même sept victimes. Il y a un endroit où j’en ai vu deux, un autre où j’en ai vu quatre et un endroit où j’ai vu un corps. Et je ne parle pas de ceux qui étaient blessés et ceux qui fuyaient dans la forêt. Je n’étais pas loin de là où on a tiré. Moi-même je fuyais. Ce que j’ai vu, ce sont des gars qui sont tombés par éclats d’obus ou par balles, parce que des gens tiraient des hélicoptères. Après, je ne suis pas médecin pour déterminer s’ils sont morts ou non. On ne savait pas si les [tireurs] allaient revenir alors ont les a laissés là-bas. Moi, j’ai continué ma route parce qu’il fallait que je me mette moi-même à l’abri. »

■ Réaction aux accusations de Monseigneur Portella

Thierry Moungalla réagit aussi aux propos de Monseigneur Louis Portella Mbuyu, évêque de Kinkala dans le département du Pool, qui sur RFI vendredi 15 avril a déploré « le manque de transparence » qui a prévalu selon lui au cours du processus électoral. Le ministre de la Communication estime que l’évêque est « sorti de son rôle d’homme d’Eglise ». A ce titre, selon le ministre, Monseigneur Portella a tout à fait le droit « de demander aux parties d’agir avec mesure » notamment pour épargner les civils, « mais n’a pas vocation à prendre parti » ou à « porter un jugement de valeur sur une élection et sur son caractère transparent ou non ».

rfi