Sunday, November 27, 2022
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Cher Ministre de la Culture, Que devons-nous attendre de notre Culture ? ( Par Marcel Badji)

Monsieur le Ministre, vous n’ignorez pas que les attentes des artistes auprès de votre ministère sont nombreuses. Certes, il serait quasi impossible de satisfaire toutes les préoccupations des artistes à l’exemple du fond de la COVID-19, qui a poussé les artistes à une marche afin de trouver une solution pour améliorer leur niveau de vie. Cette situation a donné naissance à de nouveaux artistes qui se sont présentés juste pour bénéficier d’un fond d’aide au secours des artistes. La pandémie a été un phénomène révélateur d’un grand manque d’organisation dans le secteur de la culture. Cela s’est avéré lors de la mise en place de ce fond d’aide aux artistes. Combien de structures se sont présentées comme des

soi-disant représentants ou des protecteurs des artistes ?

Pouvons-nous vraiment espérer le développement des arts au moment où des milliers d’artistes vivent dans la pire misère et une énorme précarité ? 

Si les artistes ne peuvent plus compter sur leur ministère, sur qui peuvent-ils compter ?

On est loin d’être certain que le ministère reconnaît le nombre d’artistes qui existent au Sénégal. Cela est-il acceptable dans un ministère qui se respecte? 

Monsieur le Ministre, nous attirons votre attention sur le fait que de nombreux artistes vivent toujours dans une pandémie culturelle quotidienne. Combien d’artistes tombent malades et sont obligés de mendier par des téléthons ou par le biais de certaines autorités pour leur prise en charge ? Quand des artistes sont exposés à leurs besoins les plus élémentaires qui atteignent leur dignité, cela nous donne le droit de penser et de dire que « l’art ne nourrit pas son homme » certes, cette pensée pourrait être vraie pour certains artistes qui vivent dans une crise cruelle pour avoir choisi l’art comme un métier qui n’arrive pas à les nourrir et se voient obligés de se trouver un autre métier pour joindre les deux bouts. Cette situation reste encore pandémique. En tant que victimes, heurtés par cette gestion des subventions ou des fonds culturels, nous voulons poser le débat et susciter une réflexion sur l’existence de l’artiste et sur l’existence de l’art dans le monde de la culture. S’il existe un Ministère de la Culture, c’est certainement parce qu’il existe des artistes, s’il existe des Directions culturelles, Direction de la Cinématographie, Direction du Livre, Directions des Arts etc… c’est parce qu’il existe des artistes. Il existe des centres culturels dans toutes les régions parce qu’il existe des artistes partout au Sénégal, s’il existe une société appelée SODAV, SOCIETE SENEGALAISE DU DROIT D’AUTEUR ET DES DROITS VOISINS, c’est parce qu’il existe des artistes, s’il existe des fonctionnaires des arts, c’est parce qu’il existe des artistes, s’il existe des galeries, des musées, des monuments, c’est parce qu’il existe des artistes, s’il existe des festivals, c’est parce qu’il existe des artistes, s’il existe des écoles de formation en art à l’exemple de l’Ecole Nationale des Arts, c’est parce qu’on éprouve le besoin de former des professionnels en art et d’autres à leur tour se chargeront de la gestion de la culture et des fonds alloués au secteur de la culture. La question que nous sommes en droit de nous poser est donc la suivante : Si l’art ne nourrit pas son homme, qui nourrit-il alors? Et qui sont ceux qui profitent toujours des subventions ou des fonds culturels ? Ceci reste une équation qui nous invite à la réflexion sur l’existence et le mode de vie des artistes qui est souvent regrettable. Cette situation culturelle critique devient une mer dans laquelle de nombreux artistes se noient et restent des victimes d’une gestion opaque. 

Quand l’art est en colère, il s’exprime dans toutes ses formes, cet art se révolte contre l’injustice, cet art se révolte contre la corruption, cet art se révolte contre le manque de transparence, cet art se révolte contre le manque d’information, cet art se révolte contre l’inégalité, cet art se révolte contre la gestion des fonds qui profite le plus souvent aux mêmes personnes au détriment de milliers d’artistes méritants qui n’ont pas accès aux fonds de la culture, cet art se révolte contre un sort qui ne permet pas à l’artiste de vivre de son art, cet art se révolte contre le népotisme culturel téléguidé par des recommandations ou par des relations au profit d’une élite ou d’une minorité d’artistes, au détriment de combien d’autres artistes ? Cet art se révolte contre les inégalités de considération et d’attribution des fonds, cet art se révolte contre la traite de l’artiste toujours considéré comme une vache laitière qui nourrit des milliers d’employés à travers ses œuvres et n’arrive pas à voir le bout du tunnel. Cet art se révolte contre son hypocrisie, lui qui se donne le rôle d’éveil, de sensibilisation, de lutte contre les injustices sociales et n’arrive même pas à dénoncer la racine de son mal. Comment pouvons-nous être les défenseurs du peuple, dénoncer les maux de la société, les injustices sociales et nous taire sur notre sort et les « injustices culturelles » dont nous sommes victimes ? Ceci reste à nos yeux une grande injustice que de nombreux artistes vivent et dénoncent peu et la situation profite juste à une minorité. Nous pensons qu’il y a beaucoup de choses à revoir pour l’assainissement du secteur de la culture. A notre humble avis, il est temps de revoir, l’organisation des droits d’auteurs, le statut de l’artiste qui n’est pas une faveur mais un droit légitime de tout artiste qui produit des œuvres artistiques ou intellectuelles. Nous sommes dans un monde où nous avons plus besoin d’artistes penseurs, d’acteurs penseurs, d’administrateurs penseurs qui réfléchissent pour trouver des solutions justes pour le bien-être des artistes. Cette revendication est notre droit, souvent biaisé, ce que nous dénonçons par des mots contre les maux. Cette gestion des fonds de la culture reste un problème que subissent en silence de nombreux artistes et acteurs culturels et sur lequel nous vous interpellons, Monsieur le Ministre.

Cette gestion demande l’union de tous les artistes confondus, pour la lutte, la défense et la protection du secteur culturel qui va de mal en pire. Un sage nous enseigne que la culture est au début et à la fin de tout développement. Une pensée qui se dit souvent en théorie mais se voit loin de la pratique. Un proverbe africain, nous dit : « si tu veux connaître un peuple, cherche à connaître sa culture ». Cependant, celui qui met en crise sa culture met en crise son existence. Ainsi pour un développement culturel rationnel, nous avons besoin d’hommes de culture amoureux de l’art, passionnés de la culture, formés, compétents, méritants dans les différents secteurs culturels, qui seront des défenseurs, des protecteurs et des sauveurs du secteur culturel. C’est sur cela que nous interpellons Monsieur le Ministre de la culture pour une meilleure considération de tous les artistes, une meilleure gestion des subventions et des fonds culturels. Car le moins qu’on puisse dire est que celle-ci est opaque. Nous vous rappelons que des milliers d’artistes souffrent de cette gestion de favoritisme qui aurait dû être, en principe, basée sur des critères de talent, de mérite et de transparence. En tant qu’artistes, nous devons être les premiers à dénoncer les maux dont nous sommes victimes. Une situation cruelle qui heurte notre conscience et notre patience, quand on se rend compte que nos droits les plus élémentaires ne sont ni respectés, ni pris en compte, ni considérés, que devons-nous faire en tant qu’artistes, acteurs culturels, nous taire, discuter, dialoguer ou dénoncer ?   

Marcel Cassien BADJI (Artiste Poéte-Slameur)

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