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Diaspora : Josepha Madoki, l’appel impérieux de la danse

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PORTRAIT. D’origine congolaise, cette danseuse est l’une des figures phares du waacking, danse née aux États-Unis dans les années 1970. Pour lui donner plus de visibilité, elle lance le All Europe Waacking Festival à Paris.

Puissance et élégance. Voici les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on observe Josepha Madoki aka Princess Madoki évoluer sur la piste. La musicalité de sa gestuelle invite le public à la suivre dans son univers. D’aussi loin qu’elle se souvienne, la jeune femme a toujours dansé. « Mes parents et mes oncles me disent que j’ai dansé dès que j’ai su marcher. » Née au Congo-Kinshasa, elle arrive en France à l’âge de trois ans et grandit dans le Nord, à Lille. Elle bouge d’abord sur des morceaux de rumba congolaise. Plus âgée, en «  amoureuse du mouvement  », elle pratique plusieurs styles de danse jusqu’à ce qu’elle découvre le hip-hop à 16 ans. C’est le coup de foudre. Dans la foulée, elle goûte à la scène et comprend qu’elle en fera son métier. Après le bac, Josepha débute des études de droit, mais l’appel de la danse est le plus fort et elle finit par abandonner, au grand dam de ses parents.

 ©  Erz
Josépha Madoki alias Princess Madoki collabore depuis de longues années avec le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui. © Erz

 

Elle déménage alors à Paris et intègre en 2003 l’Académie internationale de danse où, durant deux ans, elle se forme aux techniques contemporaine, jazz et classique.

Des projets riches et variés

Wayne McGregor, Robyn Orlin, Sylvain Groud…, Josepha a collaboré avec des chorégraphes du monde entier. Quand la danseuse retrace sa carrière, elle évoque parfois la chance. Il est important de souligner la part de travail, de ténacité et d’audace dont elle a fait preuve. Mais c’est vrai qu’il y a des hasards qui ressemblent à des rendez-vous. En 2010, Josepha «  rencontre  » le travail du chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui qui présente un triptyque à la Villette. Elle est subjuguée. Elle est notamment bouleversée par le spectacle Babel «  qui change sa vision de la danse  ». Josepha nourrit un rêve qui lui paraît à l’époque inaccessible : travailler un jour avec lui. En 2013, le destin s’en mêle. Sidi Larbi Cherkaoui organise une audition à Londres pour un prochain spectacle. Il s’agit d’une pièce de théâtre d’Aimé Césaire Une saison au Congo, qui évoque les derniers mois de la vie de Patrice Lumumba. « Ça retrace vraiment toute l’histoire de mes parents, donc de mon pays. C’est mon histoire », se dit Josepha. La jeune femme arrive à Londres déterminée à décrocher cette audition… et elle l’obtient. Elle vit cette expérience «  magnifique  » comme «  un aboutissement  ». L’aventure ne s’arrête pas là. Trois ans plus tard, Sidi Larbi Cherkaoui la recontacte pour danser dans Babel – le spectacle qui l’avait émue aux larmes – au Festival d’Avignon  ! Elle fait depuis partie de sa compagnie. Autre chorégraphe avec lequel Josepha aime beaucoup travailler : le Franco-Belge Damien Jalet. Avec lui, elle a récemment dansé sur le film Suspiria de Luca Guadagnino aux côtés des actrices américaines Dakota Johnson et Tilda Swinton.

À la découverte du waacking

« J’aime bien bouger sur différents projets, différents lieux », affirme Josepha. « Mais ce pour quoi les gens aiment travailler avec moi, c’est ma spécialité : le waacking. » Le waacking est apparu dans les années 1970, à l’ère du funk et du disco. Il est né à Los Angeles au sein de la communauté gay afro-américaine et latino. Inspiré du cinéma hollywoodien et de ses icônes – Marilyn Monroe, Greta Garbo, ou encore Fred Astaire –, il se caractérise entre autres par des mouvements de bras marqués, des poses glamour, et l’expressivité du visage. C’est un sentiment de frustration qui est à l’origine de cette danse festive, précise Josepha : « À cette époque, ils n’avaient pas le droit d’exister. Hollywood était un univers hors de portée pour eux. Il y a donc quelque chose de très politique dans ce mouvement et c’est ce que je développe et défends. » La jeune femme n’avait jamais entendu parler du waacking avant 2006. Elle le découvre à travers une démonstration de Yoshie, danseuse renommée au Japon. Séduite par l’esthétique de ce style, elle hésite pourtant à se lancer, car elle vient du hip-hop, un milieu très masculin : « J’étais jeune et peut-être qu’à cette époque-là, je n’assumais pas encore ma féminité », analyse Josepha. Le déclic se fera en 2012. Elle part alors aux États-Unis pour en apprendre plus sur cette danse en rencontrant des fondateurs de ce mouvement, notamment les Originals Waackers.

De Josepha à «  Princess Madoki  »

Après s’être imprégnée de cette culture et avoir travaillé sa gestuelle, Josepha se lance dans les battles sous le pseudo de Princess Madoki. Car dans le waacking, si la technique compte, l’histoire qu’on raconte aussi est essentielle. « L’inspiration, c’est le cinéma hollywoodien », rappelle Josepha, « donc on a le droit de s’inventer un personnage. Quand on est sur scène, on a le premier rôle du film ». Josepha a trouvé avec le waacking «  un espace de liberté  » qu’elle n’avait pas ailleurs. « Ça m’a beaucoup apporté dans les autres danses que je pratiquais, notamment une certaine confiance en moi. Un côté : “oui, j’ai le droit d’être qui j’ai envie d’être, que ce soit dans le hip-hop ou l’afro.” Il y a donc eu une évolution artistique, mais aussi en tant que femme », observe-t-elle. En 2013, elle participe à la compétition Street Star, en Suède, rendez-vous majeur des danses urbaines. Arrivée en demi-finale, le hasard veut qu’elle tombe face à Yoshie, la danseuse qui l’avait fascinée. Josepha crée l’évènement en remportant ce battle. Sa vie change alors du jour au lendemain. Tout le monde s’arrache celle qui a battu la célèbre waackeuse japonaise. Elle est sollicitée pour juger des compétitions, donner des stages à l’étanger. Japon, Corée, Kazakhstan, Russie… elle commence à voyager partout dans le monde et n’a pas arrêté depuis.

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