Sunday, November 27, 2022
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L’Afrique verte ou l’avenir de l’Europe

L’invasion Russe en Ukraine a mis à rude épreuve l’économie mondiale. Cette situation coïncide avec montée en puissance de plusieurs pays africains qui peut se libérer de la domination asphyxiante de l’Occident si toutefois ses dirigeants changeaient de vision par rapport à leurs relations avec les pays du Nord. Sunuafrik Radio remet au goût du jour cet article de la tribune de Genève.

Le sort de la transition énergétique en Europe (Suisse comprise) se joue en Afrique. Le continent détient d’immenses ressources en minerais stratégiques et dispose d’un potentiel tout aussi gigantesque en matière d’énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolienne, géothermique). Le Vieux-Continent, qui importe déjà près de 80% de son énergie, peut augmenter son degré d’autonomie. Mais il ne pourra en aucun cas être autosuffisant. Les déserts et les immenses plaines nord-américaines nous manqueront toujours.

Sauf si l’on admet enfin que la Méditerranée nous relie à de nouvelles frontières énergétiques communes. L’Afrique peut fournir à l’Europe l’hydrogène vert dont elle aura besoin pour décarboner les transports aérien et maritime, produire des engrais (ammoniac) verts (non issus du gaz naturel) et remplacer le gaz et le charbon dans la sidérurgie.

Le grand virage vers l’électrification de l’économie ne pourra pas se faire sans les gisements d’énergie tirés des grands déserts du nord de l’Afrique, l’éolien des grandes plaines et des mers qui bordent le continent africain. Selon une étude récente du Rocky Mountain Institute, fondé par le pionnier des énergies renouvelables Amory B. Lovins, l’hydrogène vert de l’Afrique est clairement la meilleure option pour s’émanciper du gaz russe et accélérer la transition énergétique du Vieux-Continent, tout en fournissant aux pays africains une source de revenus leur permettant de développer leur pays sans puiser dans les réserves d’hydrocarbures. Et ce, à des coûts tout à fait raisonnables.

Au nord, le Maroc et l’Algérie sont en discussion très étroite avec l’Allemagne; l’Afrique du Sud, qui dispose d’un énorme potentiel d’énergie éolienne et solaire, est courtisée par les Occidentaux, comme vient de le montrer le récent voyage du secrétaire d’État américain Antony Blinken.

 

Le Kenya est le pays le plus emblématique du virage vert que l’Afrique peut accomplir. Ce pays est déjà un géant des énergies vertes (75% de sa production d’électricité est renouvelable) et se projette comme un nouveau dragon industriel décarboné, grâce à la géothermie (le pays est situé sur une faille volcanique très fertile et facile d’accès).

Le Congo, connu pour ses gisements de minerais, est également un géant de l’énergie hydraulique en devenir, l’équivalent de ce que sont la Suède ou la Norvège au réseau électrique européen. Bref, s’il y a un continent qui peut exporter massivement de l’énergie verte dans les prochaines décennies, c’est bien l’Afrique.

 

Les dirigeants africains en ont conscience mais se montrent prudents. Dans les conférences climatiques, l’Afrique a reçu peu d’encouragements concrets; seuls 20% des fonds promis lui sont parvenus. Dans ce continent en pleine croissance démographique, on se méfie d’un Occident vieillissant prônant la vertu (ne plus investir dans les énergies fossiles) et qui, à la première crise gazière, accourt pour mettre la main sur les derniers gisements de pétrole et de gaz encore inexploités!

Et surtout, tous ces pays font l’objet d’une intense lutte entre grandes puissances (Europe, États-Unis, Chine, Russie) qui cherchent à contrôler l’eldorado énergétique et minier africain. Avec la guerre en Ukraine, la géopolitique de l’énergie a changé d’échelle. Les visions développées pour 2050 deviennent réalité, comme le montrent l’accélération des projets de production d’hydrogène et les investissements dans la production d’ammoniac (un moyen commode pour transporter et stocker l’hydrogène).

À l’évidence, l’Afrique va au-devant d’une transition énergétique dont la rapidité va nous surprendre. Reste à savoir si elle sera verte dans l’intérêt de l’Europe ou prise en otage par l’industrie des hydrocarbures fossiles, tentée par l’exploitation de nouveaux gisements redevenus… très attractifs avec la guerre en Ukraine.

 

 

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