La mort de dix personnes à Beni, dans l’Est de la République démocratique du Congo, dans un nouveau massacre attribué au groupe armé ADF, a provoqué jeudi la colère des habitants contre l’impuissance des autorités malgré l’instauration de l’état de siège dans la région.
“Cette nuit, il y a eu une attaque des ennemis ADF (Forces démocratiques alliées), on a perdu une dizaine de civils”, a déclaré à l’AFP le lieutenant Anthony Mualushayi, porte-parole de l’armée dans la région. Un correspondant de l’AFP a vu les corps des dix victimes à la morgue de l’hôpital général de Beni, dans la province du Nord-Kivu.
A l’origine des rebelles musulmans ougandais, les ADF ont fait souche depuis plus de 25 ans au Nord-Kivu, d’où ils n’attaquent plus depuis longtemps l’Ouganda voisin. Les États-Unis les ont inscrits en mars sur leur liste des groupes jihadistes affiliés à l’organisation État islamique (EI).
Des habitants étaient en état de choc dans le quartier populaire de Rwangoma, où l’attaque s’est produite, dans le sud-est de Beni. Des jeunes en colère ont notamment défilé avec le corps d’une des victimes, scandant des slogans hostiles aux Forces armées de la RDC (FARDC) et aux autorités.
“FARDC = ADF”, “État de siège = zéro” résultat, ont crié ces manifestants, avant d’être dispersés par la police au moyen de gaz lacrymogènes, a constaté le correspondant de l’AFP. Six ont été interpellés par la police.
“Nous pensions que c’était le bout du tunnel avec l’état de siège. Mais, après 18 mois sans attaque des ADF dans notre quartier, ce carnage est un retour à la case de départ. C’est très désespérant”, a réagi auprès de l’AFP Samuel Kalume, un habitant de Rwangoma.
Le président congolais Félix Tshisekedi a décrété le 6 mai l’état de siège dans les provinces voisines du Nord-Kivu et de l’Ituri, y remplaçant les gouverneurs civils par des officiers de l’armée et de la police afin de mettre un terme aux activités des groupes armés qui terrorisent les civils.
– Rues vides –
Les FARDC “viennent de neutraliser cinq ADF, responsables de l’attaque du quartier Rwangoma”, a indiqué l’armée dans un communiqué parvenu à l’AFP jeudi soir.
Cinq armes ont été récupérées, a-t-elle ajouté, affirmant poursuivre “la traque de ces terroristes dans le Parc national des Virunga”.
Dans une contre-offensive dans la province voisine de l’Ituri “les forces armées ont neutralisé (tué) 13 terroristes ADF”, a annoncé à l’AFP le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole de l’armée dans cette région.
Durant la journée de jeudi, les commerces, les écoles ou autres pharmacies sont demeurés fermés à Beni. Les rues étaient quasiment vides, les habitants préférant rester dans leurs maisons.
La dernière attaque des ADF dans le quartier de Rwangoma remontait à décembre 2019. Une douzaine de personnes avaient alors été tuées, dont deux militaires. En août 2016, ce sont une cinquantaine de personnes qui avaient péri dans une attaque.
La partie orientale de la RDC est en proie à la violence depuis près de 25 ans. Pas moins de 122 groupes armés de tailles diverses y ont été recensés, d’après le Baromètre sécuritaire de Kivu (KST).
Les ADF sont considérées comme le plus meurtrier de ces groupes, notamment depuis 2013 dans la région de Beni, où leur est imputée une série de massacres qui a fait au moins 6.000 morts, d’après un décompte de l’épiscopat congolais.
Le week-end dernier, la ville de Beni avait été secouée par des explosions de bombes artisanales, qui avaient notamment fait deux blessées dans une église catholique. Le porteur d’une bombe, de nationalité ougandaise selon les enquêteurs, a aussi été tué dans l’explosion de son engin, à proximité d’un bar.
Les ADF ne revendiquent jamais leurs attaques mais les attentats du week-end à Beni ont été revendiqués mardi par l’EI, comme l’organisation l’a déjà fait depuis 2019, images à l’appui, pour d’autres attaques attribuées au groupe d’origine ougandaise.
De nombreuses questions demeurent sur la réalité et l’ampleur des liens supposés entre les ADF et l’EI.
Afp



