A écouter cette semaine : de la musique sacrée, une célébration de la Passion, de la poésie jazz pour les amoureux des nuages, un chanteur folk qui se promène sur la musicalité des mots, un rappeur qui a tout d’un grand et un blues incantatoire et hypnotique venu d’Afrique du Sud.
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GIOVANNI BATTISTA PERGOLESI
Stabat Mater
Beatus Vir de Leonardo Leo, Salve Regina de Nicola Porpora. Avec Sandrine Piau, Christopher Lowrey, Les Talens lyriques, Christophe Rousset (direction).

Considéré comme l’une des musiques sacrées les plus puissamment expressives, ce sommet du répertoire qu’est le Stabat Mater de Pergolèse a parfois essuyé les reproches d’une théâtralité par trop profane. Ce ne sera pas le cas de la version brûlante proposée par Sandrine Piau, Christopher Lowrey et Christophe Rousset, à la tête de ses Talens lyriques, dont une première mouture enregistrée en 1999, avec Barbara Bonney et Andreas Scholl, souffrait précisément de maniérisme et d’inutile extraversion. Cette fois, c’est le drame de la Passion qui s’opère dans tout son réalisme brutal, entre douleur, compassion et espoir. Dès le fameux duo initial, le ton est donné : justesse des intentions, perfection des voix magnifiquement accordées, ce Stabat Mater de soleil noir marie évidence charnelle et élévation de l’âme. En subtile tragédienne, la soprano habille de noir et de pourpre chaque mot, variant les teintes à l’infini, un art que partage le souffle chaud de Christopher Lowrey, entre incarnation et dépouillement, soutenu par la direction inspirée et rigoureuse de Christophe Rousset, grand ordonnateur des sept douleurs de la Vierge. Les pièces complémentaires permettront à Sandrine Piau de conquérir le ciel du Salve Regina de Porpora, tandis que l’alto du contre-ténor américain convole avec le Beatus vir de Leo. Marie-Aude Roux
BARBARA HANNIGAN
La Passione
Œuvres de Luigi Nono, Joseph Haydn et Gérard Grisey. Ludwig Orchestra et Barbara Hannigan (soprano, direction).

Barbara Hannigan avait annoncé la couleur par le titre de son premier album pour Alpha Classics, Crazy Girl Crazy. La soprano canadienne confirme ici sa volonté de tenter des paris un peu fous. Il faut pas mal d’audace pour faire de la Passion (au sens mystique) le thème commun (et non déclaré) de trois œuvres que tout oppose. Volet central des Canti di vita e d’amore soulignant, en 1962, l’engagement politique de Luigi Nono, Djamila Boupacha (1962) est un solo a cappella qui touche à l’absolu vocal. L’agilité extraordinaire de la chanteuse et le soin qu’elle porte à la moindre note apparentent cette page à une sanctification de la douleur. Nettement moins convaincante est l’idée qui consiste, dans la Symphonie n° 49 de Haydn, à faire sortir un clavecin de l’ombre comme un fantôme de l’époque baroque errant sur une scène préromantique. L’unité orchestrale en pâtit cruellement. L’évocation des esprits est, en revanche, de mise avec les Quatre chants pour franchir le seuil, de Gérard Grisey, créés, en 1999, quelques mois après la mort du compositeur. Entre hébétude onirique et transe hallucinatoire, Barbara Hannigan restitue leur parcours à la perfection. Pierre Gervasoni



