Un nouveau regard sur Léopold Sédar Senghor

C’est un témoignage pour l’histoire que nous offre Christian Valentin, qui a travaillé plus de trente ans aux côtés de Léopold Sédar Senghor. Il fut notamment le directeur de cabinet du fondateur de la République sénégalaise. Il vient de publier un livre de souvenirs chez Belin.

Etrange livre que celui-là. Entre témoignage politique et autobiographie. L’entreprise est réussie en tout cas. Il fallait la tenter. « Je fais partie des amis de Christian Valantin qui ont souvent fait valoir devant son hésitation qu’il avait, en vérité, le devoir d’ajouter à ce qui s’est écrit sur Senghor, ce qu’il pouvait en dire depuis sa position unique de témoin privilégié », écrit Souleymane Bachir Diagne dans la préface de l’ouvrage.

La fascination de Christian Valantin pour Senghor est ancienne. « Encore lycéen, mais déjà passionné par la politique comme tant de mes camarades, je devins avec ceux-ci, dans les dernières années de la décennie 40, un admirateur de Senghor », note celui qui fut aussi un homme politique, autrement dit député de Thiès jusqu’en 2000.

Dans son livre, l’auteur insiste sur des mots clés qui, selon lui, caractérisent Léopold Sédar Senghor ; la négritude, la culture, les droits de l’homme, la démocratie, le métissage, l’unité africaine, la francophonie et la « civilisation de l’universel ». Autant de mots qu’il écrit avec une majuscule. C’est toute la vie du grand homme qui est évoquée au fil des pages de sa naissance en 1906 à son décès en 2001. Du « Royaume d’enfance » à sa retraite d’homme d’Etat entré dans l’Histoire.

On lira avec plaisir l’évocation de sa jeunesse d’étudiant à Paris où il est arrivé en 1928, ses études à au Lycée Louis-le-Grand, sa rencontre avec Aimé Césaire et la négritude inspirée, selon l’auteur, par la philosophie de Bergson. Son intérêt pour Teilhard de Chardin. Senghor le croyant, celui qui affirme que Dieu existe. « Soulagement du poète qui ne veut pas sombrer dans le néant et qui voit justifiée sa négritude », écrit Christian Valantin.

Politique

Au cœur du livre de Christian Valantin, il y a bien sûr le combat politique de Senghor, depuis son élection à l’Assemblée nationale française en 1945 sur la liste SFIO de Lamine Guèye, jusqu’à la présidence du Sénégal. Il y analyse ses positions par rapport aux territoires africains ; sa défense de l’idée fédérale et confédérale attachée aux valeurs universelles. « Député de 1945 à 1959, Senghor ne cessa de plaider au Palais Bourbon la cause des pays d’outre-mer », souligne Christian Valantin avant de décrire le combat de l’intellectuel dans l’arène politique, la création de son parti, le BDS.

Après tant de décennies passées, il semble toujours étonné d’avoir été le témoin de cette mue. Sans toutefois l’expliquer. « Comment Senghor, intellectuel dans l’âme, rêvant d’une chaire au Collège de France […] s’est-il transformé en leader politique ? », se demande l’auteur qui, de son côté, a acquis une solide culture juridique devant un spécialiste du droit et de l’administration et s’orientant vers le service public.

En tout cas, en historien, il raconte avec précision la bataille qui a opposé Senghor et Lamine Guèye, avant leur réconciliation le 17 juin 1957 et la création de l’Union progressiste sénégalaise qui « conduisit le Sénégal à l’indépendance et le géra pendant de longues années ». Indépendance: elle fut acquise le 20 août 1960. Christian Valantin l’a vécu en témoin privilégié avant de devenir quelques années plus tard le chef de cabinet de Senghor.

Culture

Plus que de politique, son livre est peut-être surtout une réflexion sur le président poète, sur Senghor l’homme de culture. Il y parle avec passion de l’organisation par le président du Festival mondial des arts nègres, à Dakar, « une véritable célébration de la négritude », observe-t-il. De la langue française, un sujet que Christian Valantin connaît bien pour s’être occupé de francophonie. La langue française ? « Il l’a décrite, scrutée, analysée jusqu’au plus profond d’elle-même », dit-il.

Le livre s’achève sur la civilisation de l’universel chère à Senghor; une civilisation respectueuse de la culture, des croyances et des droits de l’homme. « Il fut l’âme de la République ». Telle est la dernière phrase de ce beau livre.

RFI